On sent bien que la démocratie mondiale va mal.
Les guerres grondent, les gouvernements autoritaires s’installent à peu près partout dans le monde, les étrangers et les migrants voient redoubler la violence qui leur est faite. S’installe une hégémonie de droite extrême, dans les agendas politiques et les discussions.
La France ne fait pas exception à cette tectonique géopolitique.
Alors que les élections législatives ont placé en tête, au soir du second tour, le Nouveau Front populaire le 7 juillet 2024, Emmanuel Macron a nommé un Premier ministre dont le parti n’a attiré que 10 % des électeurs.
Beaucoup de commentateurs ont décrit le nouveau gouvernement comme l’un des plus réactionnaires de la Ve République. Quelque chose de la dimension démocratique du pays file dans les égouts, mais tout semble pouvoir continuer comme avant.
On aurait pourtant pu imaginer un rejet massif de cette situation, les journaux refusant de se cantonner à l’anticipation et la description des aventures de Barnier au pays de Le Pen, avec Didier Migaud et Bruno Retailleau en comiques troupiers.
Pourquoi n’avons-nous pas publiquement déclaré ce gouvernement illégitime ?
Contrairement aux errements de la droite trumpiste aux Etats-Unis, il ne s’agit pas pour nous de refuser le résultat des votes, mais de refuser que les résultats du vote aient été reniés.
Déclarer illégitime le gouvernement Barnier ne serait ni un geste populiste où l’on demande à un gouvernement de dégager parce qu’il représente une « caste » ou un « clan » extérieur à la nation, ni un acte à prétention révolutionnaire, mais une exigence minimale en régime de démocratie parlementaire.
On peut en effet s’attendre à ce que la dégradation démocratique qu’Emmanuel Macron a enclenchée se propage et se renforce hors des cadres de la représentation, certes chez celles et ceux qui avaient voté pour le Nouveau Front populaire, mais aussi pour les électrices et électeurs de Renaissance et en définitive tout.es les citoyen.nes français.es. Pourquoi, en effet, voter ? se dira-t-on.
Sans jouer les prophètes, on peut imaginer que surviennent des mouvements émeutiers à la première occasion, à l’occasion de taxes obscènement injustes par exemple. Ces mouvements incarneront dans le réel ce qui a été rejeté du système de la représentation démocratique. Et si ces émeutes n’arrivent pas, les dégâts psychopolitiques se feront tout de même sentir sous la forme d’une détérioration du consentement à la loi […]
Que pouvons-nous faire alors, que proposer dans ce climat psycho-politique délétère ?
Quelque chose de minimal d’abord, mais dont les traductions politiques pourraient être multiples : ne pas consentir à ce qui nous arrive.
Cela ne suppose aucun déchaînement de colère ou de haine, même pas de se fâcher tout rouge. Simplement que s’énonce le plus fréquemment possible, avec de multiples voix, que ce gouvernement ne nous représente pas.
Qu’il est illégitime.
Qu’il ne mérite aucun soutien.
Chacune trouvera les ressources philosophiques, spirituelles et politiques pour énoncer cela et subjectiver cette absence de consentement – que ce soit avec Jean-Jacques Rousseau, Emmanuel Kant, Henry David Thoreau, ou des textes spirituels comme « la Bhagavad-Gita » ou l’« Epître à Diognète », peu importe tant que peut être retrouvé ce sentiment de liberté à partir duquel nous pouvons nous sentir dégagés des liens qu’une politique malheureuse nous impose.
Ne pas consentir pourrait nous permettre, collectivement, de dégager une pluralité d’espaces de pensée capables d’accueillir cette forme de liberté revivifiée, permettant d’éviter à la fois le repli individualiste […] et le ressentiment collectif […].
Nous verrons alors ce que la situation historique exigera de nous, en termes d’énonciation de l’illégitime et de pratiques concrètes.
Surtout ne perdons pas de vue qu’après [sont inévitable sortie] le « gouvernement Barnier » ; se tient, prêt à poursuivre le travail, le Rassemblement national.
Note : Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.
Frédéric Neyrat. Nl Obs. 29/10/2024 En accès libre. Lien
Une sacré simplification ! Mr Neyrat connaît mal l’histoire, sous les 3eme et 4eme république les présidents du conseils (= 1er ministre sous la 5eme) issus d’un parti minoritaire sont courants et personne n’a jamais parlé de déni de démocratie. La raison est que Mr Neyrat ignore ce qu’est une démocratie. Dés le moment où vous confiez votre pouvoir de citoyen à un candidat que vous n’avez pas choisi (car imposé par les partis) il n’y a plus de démocratie. Le contrôle des candidatures est le moyen qu’à trouvé la bourgeoisie (l’establishment dirait un anglo saxon) pour contrôler le pouvoir. C’est le systeme électoral qui a permis à 2 partis très minoritaires d’avoir un nombre de députés au delà de leur représentation réelle, grâce à ce système à 2 tours qui permet de rebattre les cartes après un échec au 1er tour. Alors mr Neyrat ne parlez pas de ce que vous faignez d’ignorer.
Frédéric Neyrat est un philosophe français, ancien directeur de programme au Collège international de philosophie et Docteur en philosophie (1998). Il est membre du comité de rédaction de la revue Multitudes et de la revue Lignes. Auteur de plusieurs essais (sur Martin Heidegger, Antonin Artaud, Jean-Luc Nancy), il tente de fonder un existentialisme radicalisé sensible aux questions d’écologie politique.
Il est Professeur dans le département d’Anglais de l’Université de Wisconsin-Madison (États-Unis) et dirige la plateforme électronique Alienocene.
Selon un commentaire récent entendant mettre en question l’analyse de cette personne, le »peu » de connaissnce de ce monieur.
Je ne doute pas des compétence universitaire de mr Neyrat. La philosophie et la politique font bon ménage, mais malgré la compétence de tous nos universitaires nous avons une constitution et un corpus de lois qui se distingue par ses incohérences.
Il y a une chose avérée : le coup de bluff de la dissolution n’a pas apporté les résultats escomptés par le camp présidentiel..puisque les amis de Madame LE PEN sont largement arrivés en tête..
Il était certain aussi que les dirigeants du NFP n’entreraient pas dans une coalition hétéroclite dite « républicaine », et on assiste à un bien triste spectacle, à un bien triste et cher programme pour les finances publiques et pour les nôtres en tant que contribuables..
et il est juste de penser que le gouvernement actuel n’est pas représentatif du résultat.. ça se passe à Paris, pas à Moscou, Cuba.. ni dans une république bananière..qu’entendrions nous, qu’écriraient tous les éditorialistes de la presse ?