Trop souvent d’actualité…

… pour certains

Au crépuscule de la ville en fleurs, tu attendais sur un banc haut perché.
Tu aimais particulièrement voir la ville s’éveiller depuis ce petit banc amical qui connaissait tes habitudes.

À mesure que le soleil se levait, ton excitation solitaire prenait sa part à l’intérieur. Comme un gosse. Toi et le banc. Le banc et toi, dans la brume du matin, à contempler la ville entre deux eaux.

D’ailleurs, contrairement aux autres matins, tu vis l’eau monter dans les artères. Tu avais du mal à en croire tes yeux.
Mais oui, l’eau montait par les rues de la ville, par les boulevards, par les cafés, dans les percolateurs, dans les carafes, dans les aspirateurs – les rendant instantanément caducs –, dans les églises, dans les magasins de jouets.
L’eau s’invitait partout.

Au début, tu te frottais les yeux. Ensuite, tu as pris un peu peur. Puis, tu te ressaisis : le banc pouvait flotter.

Ce ne serait pas si désagréable d’attendre que l’eau arrive jusqu’ici pour se laisser dériver.


Arthur Téboul. Recueil : « l’adresse ». Éd. Seghers


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