Le luth

Pour le plus doux ébat que je puisse choisir,
Souvent, après dîner, craignant qu’il ne m’ennuie,
Je prends le manche en main, je le tâte et le manie,
Tant qu’il soit en état de me donner plaisir.

Sur mon lit je me jette, et sans m’en dessaisir,
Je l’étreins de mes bras et sur moi, je l’appuie,
Et, remuant bien fort, d’aise toute ravie
Entre mille douceurs j’accomplis mon désir

S’il advient, par malheur, quelquefois qu’il se lâche,
De la main je le dresse, et, derechef, je tâche
À jouir du plaisir d’un si doux mouvement :

Ainsi, mon bien-aimé, tant que le nerf lui tire,
Me contemple et me plaît que de lui, doucement,
Lasse et non assouvie, enfin, je me retire.


Madeleine de l’Aubépine. 1546 – 1596


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