Quatre femmes, toutes officiants dans les médias « audio où papiers » ; comme journalistes et reporters de guerre, elles viennent chacune de sortir un livre sur leurs engagements tant dans leur vie privée que professionnelle au plus près des guerres. Au même titre que les reporters homme, nous saluons l’éclairage apporté par leurs travaux réalisés au plus près d’événements graves (Éclairage dicté parfois par une certaine vision, un certain angle, une directive éditorialiste) l. MC
L’appel du large
Patricia Allémonière, ex- JT de TF1
« J’ai quitté ma fille pour partir en reportage alors qu’elle n’avait que 4 mois. J’étais en jour de « récupération chez moi, quand la rédaction m’a proposé une mission à Sarajevo. Je ne pouvais pas dire non, car je n’avais qu’une envie : retourner sur le terrain. Je devais décoller trois heures après. J’ai réussi à trouver une solution de garde. Dans le taxi, j’ai fondu en larmes.
Mais dès que j’ai vu la tour de contrôle de l’aéroport, je n’ai plus pensé qu’à mon reportage. J’étais déjà ailleurs. Si j’étais navigatrice je dirais que c’est de l’ordre d’un appel : l’appel du large du grand espace. Et d’une envie féroce de faire mon job comprendre, transmettre.
Sur le terrain, que je sois au Rwanda, en Algérie ou en Ouzbékistan, j’ai établi des rituels avec mon enfant : tous les soirs, je l’appelais et lui chantais des chansons par ligne directe ou grâce à un téléphone satellitaire. Dès qu’elle a eu 1 an, je lui ai raconté l’actualité avec des mots simples. Je parlais d’elle à mes collègues, à tout le monde.
Qui ne connaissait pas ma fille à TF1 ? Elle a grandi avec mes reportages, mes allers-retours faisaient partie de son quotidien. Je lui ai raconté des histoires tristes mais aussi mes rencontres incroyables.
J’ai interviewé des chefs d’État (Bouteflika en Algérie, Ahmadinejad en Iran…), des hommes de pouvoir qui ne m’impressionnaient pas. Mais j’essayais, lors de nos échanges hors caméra, de saisir la mécanique qui animait ces autocrates.
Ceux qui m’ont en revanche impressionnée et fait me sentir toute petite, ce sont les anonymes, capables de soulever des montagnes, courir, défoncer des portes pour sauver leur groupe, leur famille. Ces hommes et femmes remarquables, mobilisés dans une forme de résistance, m’ont beaucoup appris et donné ».
« Au cœur du chaos. Une grand reporter raconte la guerre à sa fille », éd. Arthaud, 384 p. 21 €.