Quatre femmes, toutes officiants dans les médias « audio où papiers » ; comme journalistes et reporters de guerre, elles viennent chacune de sortir un livre sur leurs engagements tant dans leur vie privée que professionnelle au plus près des guerres. Au même titre que les reporters homme, nous saluons l’éclairage apporté par leurs travaux réalisés au plus près d’événements graves (Éclairage dicté parfois par une certaine vision, un certain angle, une directive éditorialiste) l. MC
En tant que femme, avoir accès à « 50% d’invisibles »
Marine Jacquemin, 72 ans, ex-JT de TF1
« Le jour où l’on m’a annoncé que je n’aurais pas d’enfant à cause de l’endométriose, j’ai cru que je n’allais pas survivre.
Le hasard a fait que je suis partie en reportage au Soudan. J’y ai rencontré des femmes dont les enfants mouraient de famine les uns après les autres, alors qu’elles les serraient dans leurs bras.
Je me suis dit : « Je ne vais pas me plaindre, moi. »Ma douleur s’est inversée. Le premier atout d’une femme reporter, dans des pays comme l’Afghanistan ou l’Iran, où les hommes effacent la moitié de l’humanité, c’est que tu as accès à ces 50% d’invisibles : à moi, les femmes se confiaient.
Mon micro, c’est sacré. Partout où je l’ai tendu dans des pays où les gens criaient au secours, et où je ne pouvais rien faire, je me disais : « Un jour, je ferai quelque chose de grand pour les remercier de leurs larmes, de leurs souffrances. » Ce métier m’a appris qu’on ne naît pas monstre, on le devient, qu’il faut savoir serrer la main du diable pour le comprendre. C’est comme ça que j’ai pu lancer la construction d’un hôpital à Kaboul après avoir parlé avec les talibans.
Cela m’a libérée de toute culpabilité, d’avoir filmé la vie de ces gens sans avoir pu les aider. J’ai compris qu’il y avait mille façons d’être maman. Pourquoi je retourne sur les terrains de guerre ? Parce qu’ils ont besoin de nous !
Ce n’est pas l’intelligence artificielle qui va pouvoir couvrir les guerres. Pour toucher au plus profond de l’humanité et de la vérité, tu dois être sur le terrain, tendre ton micro. Donc il faut y être, encore et encore. »
« Mes guerres. Confidences d’une grande reporter », éd. de l’Observatoire, 336 p., 23 €.