Quatre femmes, toutes officiants dans les médias « audio où papiers » ; comme journalistes et reporters de guerre, elles viennent chacune de sortir un livre sur leurs engagements tant dans leur vie privée que professionnelle au plus près des guerres. Au même titre que les reporters homme, nous saluons l’éclairage apporté par leurs travaux réalisés au plus près d’événements graves (Éclairage dicté parfois par une certaine vision, un certain angle, une directive éditorialiste) l. MC
De l’expérience d’otage à celle de la maternité
Maryse Burgot, 60 ans, JT de France 2
« Avec ce livre, je veux dire aux jeunes qui ont le sentiment de ne pas être nés tout à fait au bon endroit qu’on peut tracer sa route et faire le métier dont on rêve. Je voudrais qu’il soit lu dans des banlieues ou des campagnes.
Je viens d’un milieu agricole, travailleur, où il n’y avait pas de livres. Je me souviens de ma sœur et moi, dans des champs de blé, nous disant : « On va réussir, on va aller vivre dans des endroits incroyables. » Grandir dans la ferme de mes parents dans un village breton m’a donné une résistance, même si je traîne encore ce sentiment d’imposture intellectuelle.
J’ai construit un capital au fil des reportages. J’ai appris à regarder la souffrance des autres, à ne pas me plaindre moi-même. Je porte encore en moi l’expérience du désespoir : avoir été otage, pendant sept semaines, à Jolo, aux Philippines, en 2000. Ne pas savoir quand ça s’arrête. Ne plus être soi. Je vivais avec l’idée que je ne reviendrais pas, ou alors en vieille femme courbée qui n’aurait pas accompli son rêve de porter la vie.
C’est l’expérience la plus humiliante de la vie d’un reporter. Je l’ai surpassée en vivant ma vie comme je voulais la vivre. Je suis tombée enceinte trois mois après ma libération.
Quand mes enfants étaient bébés, j’ai décidé d’arrêter d’aller sur des zones de conflit. Je suis devenue correspondante à Londres puis à Washington, avant de revenir aux terrains de guerre.
Mes fils ne me disent jamais qu’ils ont peur pour moi. Cela fait tellement longtemps que je pars et reviens toujours qu’ils ont confiance. Et je ne passe pas ma vie à leur dire que je suis sous les bombes ».
« Loin de chez moi. Grand reporter et fille de paysans », éd. Fayard, 342 p., 20,90