Les coûteux mystères des chasses présidentielles

À quoi peuvent bien servir les chasses présidentielles de Chambord ?

Renommées pudiquement « battues de régulation », ces séances de tir au gibier sont un cadeau du chef de l’État à des invités prestigieux (hauts fonctionnaires, élus, diplomates, mécènes du domaine…).
Dans quel but ?
L’Élysée n’en dit pas un mot.
En tout cas, ça douille !

En témoigne cet appel d’offres, lancé le 8 juillet dernier, en vue des quinze journées de battues organisées en novembre 2024 et février 2025.
L’objectif est de sélectionner un traiteur qui, pour chaque date retenue, devra proposer un dîner de veille de chasse, un petit déjeuner, une collation et un déjeuner — le tout pour un montant estimé entre 150 000 euros et 170 000 euros. En 2021, le marché n’était que de 90 000 euros… Bonjour le coup de fusil !

Canardeurs anonymes

Et attention ! Les prestations devront être « haut de gamme », tant dans l’élaboration des menus que « dans la présentation des mets ». Pour le déjeuner, uniquement des entrées chaudes et des plats de résistance « principalement avec de la viande (peu de poissons) ».

Mais les personnalités et les accompagnants ne seront pas traités de la même façon : la quarantaine d’invités officiels banquettera dans la salle de réception du Pavillon de la Thibaudière, quand la quinzaine de suiveurs n’aura droit qu’à un déjeuner à la cuisine.

Pourquoi de telles dépenses d’argent public et, surtout, pour qui ?

Pierre Dubreuil, le directeur général du domaine national de Chambord, qui travaille en lien direct avec l’Élysée, refuse de livrer ce secret d’État. En 2021, un tribunal administratif a considéré que dévoiler la liste des convives constituerait une « atteinte à la vie privée ». La Cour européenne des droits de l’Homme se penche actuellement sur la question.

En mars 2023, un rapport de deux inspections (environnement et affaires culturelles) évoquait le « secret bien gardé des invités », et notait que ces chasses occupaient un tiers du temps de service des agents de la direction « chasse et forêt » du domaine de Chambord.
Les inspecteurs notaient au passage une autre énigme : « La pratique du nourrissage, destiné à enrichir les tableaux de chasse ». En clair, du gibier serait gavé avant d’être abattu par les fines gâchettes.

Les interrogations sur cette « démarche » qui, soulignent les rapporteurs, « si elle était avérée, poserait une question d’éthique », ont rencontré, de la part des autorités, un vrai silence de plomb…


Article signé des initiales J. C. Le Canard enchaîné. 31/07/2024


Une réflexion sur “Les coûteux mystères des chasses présidentielles

  1. raannemari 06/08/2024 / 18h47

    Comment oser critiquer les « chasseurs », premiers écologistes de France !

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.