Un complexe de ski nautique, un golf de 80 ha, un hôtel haut de gamme, etc. : cette grosse artillerie touristique va bientôt s’abattre sur un petit coin paisible de la basse vallée du Lot, à 20 km à l’ouest de Cahors, bordé par des falaises, des vignes, et où une rivière serpente paresseusement…
A la manoeuvre de ce blitzkrieg, Edouard Carle, cofondateur des crèches Babilou, 289e fortune française (450 millions d’euros au classement 2023 de « Challenges »). Carle la joue « enfant du pays ». En effet, son grand-père a été maire de Luzech, la petite ville (1700 habitants) où se prépare un projet de réhabilitation d’une base nautique datant des années 80. Ici va surgir le premier « téléski sur rivière » de France.
L’élégance du chardonneret
Quèsaco ? Il s’agit d’un dispositif où les skieurs sont tractés non pas par des canots mais par un système de câbles en mouvement. Pour les tenir, huit pylônes, de 12 mètres de hauteur, vont longer et traverser la rivière, et former une boucle de 470 mètres. Mais d’autres équipements sont censés apparaître : un parking de 300 places, 35 emplacements pour tentes et camping-cars, un restaurant rénové, des terrains de beach-volley, de pétanque, et une marina avec 20 anneaux…
« Ce ne sera pas Disneyland », tempère Kamal Benfouzari, le patron d’Ecolot, la boîte qui a décroché la gestion du barnum et dont Edouard Carle détient 40 %. Benfouzari a le nez creux. Conseiller municipal de Luzech, il a démissionné le 14 décembre 2022, six jours pile-poil avant que la mairie lance un appel à projets pour la base nautique. Et, le 21 décembre, il a monté Ecolot.
« Tout a été fait dans les règles de l’art », se félicite-t-il. Tant mieux, car la facture est rondelette : 9 millions d’euros, dont la moitié d’argent public (1,2 million apporté par la ville). Mais on ne peut rien refuser à ce grand entrepreneur, pas plus qu’à Carle, qui a beaucoup investi dans le village de Luzech en rachetant logements et commerces (traiteur, fleuriste, épicerie fine et deux hôtels).
Problème : cet ensemble ne plaît pas à tous les habitants — en particulier à ceux qui sont soucieux de tranquillité — et n’est pas le meilleur ami de l’environnement : la base nautique est entourée par deux zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique, avec espèces protégées (milan noir, chardonneret élégant, effraie des clochers). Eco-lot se défend en brandissant un rapport (novembre 2023) du bureau d’études Atel Paysage Ingénierie International, dans lequel figurent des analyses rassurantes menées, entre autres (affirme le document), par une écologue de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) du Limousin. Sauf que ladite LPO qualifie cette éminente spécialiste d’« inconnue ». Aïe…
Golfer dans le vignoble
Autre fantaisie d’Ecolot ? Le groupe assure que la famille royale du Danemark (qui possède une propriété à Luzech) est « associée » à l’entreprise touristique. Réaction de Dan Folke Pedersen, directeur administratif de la maison royale danoise, dans un mail du 26 juin : son employeur n’a aucun lien avec le projet Ecolot et son éventuelle réalisation ». Quant à la préfecture de la région Occitanie, elle a dispensé les organisateurs du projet d’une étude globale d’impact environnemental pourtant obligatoire. Elle l’a remplacé, le 12 juillet, par une procédure simplifiée.
Carle caresse aussi l’idée de la réalisation d’un « cenogolf », un 18-trous traversé par des ceps de vigne qui s’étendrait sur 80 ha, à 7 km de la base nautique, dans le village d’Albas-la-Jolie (540 habitants), et coûterait 40 millions d’euros ! Et pour arroser cette surface avide de flotte ? « Ce golf sera exemplaire, écocertifié, aucun forage, il fonctionnera uniquement avec l’eau de ruissellement », jure Jean Beauvillain, patron d’une agence spécialisée dans les métiers du golf. Il juge Edouard Carle « très orienté sur les équipements écoresponsables ».
Ce dernier, qui n’a pas souhaité répondre au « Canard », va également racheter un château jouxtant les vignes pour le transformer en hôtel de standing, ami des entreprises. Réunis au sein d’un collectif associatif, des habitants dénoncent « un accaparement territorial, une défiguration et une privatisation de la rivière Lot ». A croire qu’ils ne comprennent rien à l’écoresponsabilité.
Jérôme canard. Le Canard enchaîné. 31/07/2024
Finie la tranquillité au bord du Lot.
ils sont cinglés..