Fenêtre sur monde

Ce monde est un marécage
C’est l’homme qui l’a ainsi fait
Il se bouche le nez et les oreilles
Et fait des affaires
Les principes et valeurs
Sont du linge accroché entre deux fenêtres
Il sèche dans les rues de Naples ou de Shanghai
Du linge avec des trous
Des traces de sang qu’aucune lessive ne lave.

D’où sortent les mots qui enchantent ou blessent ?
Certains sont puisés dans la hargne du monde
D’autres sont tapis dans le portefeuille de l’argent sale
De toute façon
Les mots sont des hommes
Des clochards et des princes
Des voyous et des génies
Des saints et des ordures
Des artistes et des imposteurs
Les mots sont ceux qui les sortent de leur réserve.

Ce qui éclate au grand jour dans la peinture
C’est la liberté
Peindre le monde
Deviner l’âme tourmentée de l’homme
La couvrir de formes et de couleurs
Sans suivre un cheval fou
Sans répondre aux injonctions morales
C’est cela l’éclat de la liberté
L’artiste n’a de comptes à rendre qu’à sa propre nuit.


Tahar Ben Jelloun. Recueil : « Douleur de la lumière du monde ». Éd. Gallimard


Note : à la base, il n’y avait pas de titres à ses poèmes. L’ajout du titre m’est apparu évident à la lecture de ces trois paragraphes. MC


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