Si je revenais un jour à ce qui fut, je ne trouverai
Que ce que, déjà, je n’y trouvais pas.
Que ne suis-je arbres, pour retrouver l’élan
Du conteur et, partout où je penche, étayer mon horizon.
Que ne suis-je arbres qui ne grandissent pas en vain…
Ai-je cru mon rêve ? Non. J’ai cru ce qui adviendrait
Et partition solo.
Devant moi, une mer, et les murs me lapident.
Laisse donc ton être, mon garçon, et trouve ton salut.
La mer est plus petite que moi, comment me porterait-elle ?
Et elle est plus grande que moi, comment la porterai-je ?
La langue m’est devenue étroite, je me suis abandonné aux vaisseaux,
Mais le coeur de la mer ne m’a plus toléré
Lorsque l’écume l’absorba… Et je porte en moi la blanche éternité
Et partition solo.
Au-delà du lointain, encore un lointain, et plus il s’éloigne,
Plus le lointain s’approche des lignes de ma main.
Je le sens et le vois, un et unique
Sur l’air, à la cadence de ma chanson.
Notre ciel tombera-t-il sur nous, rassemblera-t-il ses débris
Chaque fois que nos foulées s’allongeront ?
Si je revenais, un jour, à ce qui fut du pays
Des oliviers, je crierai : Prends ton temps, Pays !
Et partition solo.
Tahar Ben Jelloun. Recueil « La terre nous est étroite ». Éd. Gallimard