ENTRE TOI ET LE MONDE

Sous la corne si longtemps proscrite il y a une tendresse si délicate qu’on ose à peine la montrer du doigt. Comme il faut du soin et des efforts pour préserver cette chair des coups, cette chair tendre qui échappe presque à nos touchers, à nos prises, à nos jeux de cartes, à nos sentiments dispersés, à nos inattentions.

Tu n’as plus besoin de mettre ce rideau entre toi et le monde.

Tu n’as plus besoin de cette vitre 4 par 4, grandeur d’homme, bien polie, pour avancer — toujours derrière.

Tu peux essayer de chanter ton nom.

Tu peux essayer de passer par le premier canal.
Sur une barque, si tu veux. Sur un pédalo si ça te plaît. Sur une planche à repasser aux motifs inattendus rose et caramel, sur le dos d’une bête amicale dont les ornithologues ne retrouvent plus trace depuis 1412. Toi, tu la connais.

Emprunte directement ce premier canal sans demander la permission.
Il n’y a pas de ticket à acheter ou de réservation à faire en amont.
En amont, il y a le fleuve.


Arthur Téboul. Recueil « L’Adresse ». Éd. Seghers


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