Donner une forme politique à ce n’importe quoi.

La réalité est que l’Assemblée, pour voter des lois, doit pouvoir dégager une majorité. Et la seule majorité claire issue de ces élections, ce sont les 68% de votants qui refusent catégoriquement que le Rassemblement national exerce te pouvoir et préfèrent n’importe quoi d’autre à l’extrême droite.

S’il y a une « volonté des Français », et une seule, c’est celle-ci. Toute la difficulté est donc de donner une forme politique à ce n’importe quoi. À l’heure où ces lignes sont écrites, on est loin du compte. Là aussi, chacun plaide pour son propre n’importe quoi — jusqu’à appeler à marcher sur l’Assemblée pour Adrien Quatennens.

Confrontés à cette situation inédite sous les cieux de la Vᵉ République, les politologues et « experts » divers vont de plateaux en tribunes pour égrener les solutions possibles : majorité (très) relative, coali­tion transpartisane, gouvernement technique…

Et la conclusion, assénée sur un ton qui ne souffre aucune réplique, est toujours la même : tout cela nécessite d’accepter de faire des compromis, et le compromis n’est pas dans notre « culture » politique.

Les Allemands, les Belges, les Italiens même, en sont capables, mais pas les Français.
Voilà ce qu’on entend, inlassablement, depuis dix jours.
Les Duhamel pères, fils et saints esprits défilent dans le poste pour nous dire que le compromis n’est pas dans la « culture » des Français ni dans la « culture » de la Vᵉ République. Et pour le moment, la plupart des responsables politiques semblent leur donner raison.

Admettons. En tout cas, cela semble être dans la « culture » des électeurs. Car le « barrage républicain », qui cette fois a pris la forme d’un tout et son contraire plutôt que l’extrême droite, c’est un sacré compromis. Ce qui signifierait que nos responsables politiques et nos élus seraient « culturellement » incapables de faire ce qu’ont fait, et ce à plusieurs reprises, les citoyens ?

On suppose que c’est une affaire de géographie et de climat, alors. Car le compromis est bien ce qui caractérise le mode de « gouvernance » de l’Union européenne. Et nombre d’élus, au gré des scrutins ou des nominations, passent de responsabilités nationales à des responsabilités communautaires, et vice-versa.

Selon que l’on siégerait à Strasbourg ou à Paris, on changerait donc de personnalité ? Étonnez-vous qu’on en soit là…


Gérard Biard. Charlie Hebdo. 17/07/2024 (extraits)


2 réflexions sur “Donner une forme politique à ce n’importe quoi.

  1. bernarddominik 25/07/2024 / 9h33

    Cet article est assez étonnant après celui sur l’OCI. On trouve tout sur Charlie, comme à la Samaritaine

    • Libres jugements 25/07/2024 / 12h18

      Que Charlie Hebdo comme le canard ou bien d’autres parutions journalières ou hebdomadaires ou audiovisuelle, Charlie hebdo inscrit dans ces pages, des articles aux infos contradictoires qui permettent de concevoir une idée personnelle en rapport avec le sujet traité.
      C’est pour moi plus qu’une obligation, plus qu’un devoir, la raison de ce blog au demeurant sans prétention pédagogique pour autant.
      Michel

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