Il a pourtant tant psalmodié devant son miroir, notre narcisse national avant de délirer.
Les Américains ont une expression très imagée pour décrire ce qui attend Emmanuel Macron : « lame duck », le « canard boiteux »… Un « lame duck president », c’est un chef d’État dévalorisé en attendant que son successeur prenne ses fonctions : plus personne ne fait attention à lui, sa parole ne pèse plus. Dans le cas d’Emmanuel Macron, c’est pire : il perd en influence et en pertinence avant même que son successeur ne soit choisi ou même que son départ ne soit programmé. C’est vrai en politique intérieure ; mais c’est aussi le cas dans les relations internationales de la France post-élections législatives, quelle qu’en soit l’issue.
C’est une mauvaise nouvelle pour le président ; mais c’est surtout une très mauvaise nouvelle pour la France, et pour l’Europe, à un moment particulièrement délicat. Les partenaires de Paris n’en reviennent pas : le système politique français est certes très différent de celui des autres États européens, avec son subtil présidentialisme susceptible de se transformer brutalement en parlementarisme. Mais même sans maîtriser tous les mystères de la Constitution de la V République, le reste de l’Europe a très rapidement pris la mesure de ce qui se joue en France, et compris l’ampleur du désastre.
Les responsables européens n’en reviennent pas. Ils ne comprennent pas — pas plus que les Français, en fait — pourquoi le président a décidé de dissoudre l’Assemblée ; comment il a pu lancer un défi qu’il n’a presque aucune chance de gagner. Ils tentent d’en mesurer les conséquences, dans tous les scénarios possibles, ceux d’une cohabitation avec des majorités claires du Rassemblement national ou de l’alliance de gauche, ou celui d’un Parlement dépourvu de majorité et donc instable. Quel que soit le cas de figure, la France devient un partenaire imprévisible car toute décision sera passée au filtre de difficiles cohabitations, ou d’un mécanisme complexe fait de compromis ou de rapports de force incertains.
Les Européens peuvent dire adieu pour un temps à une France qui les avait habitués à être une force de proposition, porteuse d’une vision, et susceptible de forger des alliances pour faire bouger les lignes. Il y a encore quelques semaines, toutes les capitales européennes étaient attentives au deuxième discours de la Sorbonne de Macron sur l’avenir du continent ; il y a seulement sept semaines, le président français faisait la une du magazine britannique « The Economist », avec une posture de penseur de Rodin et une mise en garde concernant un danger « mortel » pour l’Europe. Aujourd’hui, c’est lui qui, politiquement, est en danger « mortel », et dont la parole n’aura plus le même impact.
Les conséquences sont potentiellement dramatiques. Pour la guerre en Ukraine sur laquelle Emmanuel Macron avait fini par prendre des positions claires et audacieuses : aura-t-il encore, en cas de cohabitation avec des forces notoirement complaisantes avec Moscou, la capacité de tenir ne serait-ce que les engagements déjà pris ?
Sur la construction européenne, l’élargissement, les réformes nécessaires, qui peut dire ce que donneront les équilibres nationaux demain ? Enfin, à quelques mois d’une élection américaine décisive, l’Europe ne peut pas se permettre l’éclipse politique du pays qui porte le plus clairement l’idée de souveraineté européenne. Sur tous ces sujets graves, la France ne peut pas « disparaître » sans conséquences sérieuses ; elle ne peut pas se permettre d’avoir un « canard boiteux » à sa tête. Mais sans doute le mal est-il déjà fait.
Pierre Haski. Le Nouvel Obs n° 3117. 27/06/2024
De toute façon Macron était le seul en Europe à vouloir une UE autonome des USA, et bizarrement il œuvrait pour faire entrer dans l’UE des adversaires de ses choix. Un idiot? Il a été insulté par Erdogan et n’a même pas obtenu de l’UE un soutien, à part la Grèce. Donc de toute façon tous on compris que Macron était bouffon de service