Ça dérange, où arrange ?

Consolidation d’un pôle médiatique réactionnaire, prédominance et légitimation médiatiques des obsessions historiques de l’extrême droite, dépolitisation et la peopolisation de l’extrême droite, traitement indigent des questions sociale, écologique, internationale, etc. au profit du RN et diabolisation outrancière de la gauche : nous avons expliqué, en long et en large, comment les pratiques ordi­naires du journalisme politique, souvent de façon inconsciente, participaient de la banalisation de l’extrême droite.

Mais le moment qui s’est ouvert avec la disso­lution de l’Assemblée nationale le 9 juin marque un tournant, une accélération, un basculement.

La diabolisation hystérique de LFI et du Nouveau Front populaire en est le symptôme évident. Mais, plus directement, nous assistons au glissement explicite d’une fraction du champ journalistique dans les bras de l’extrême droite – s’inscrivant ainsi dans les pas du champ politique et particulièrement de LR (alliance du président, Éric Ciotti, avec le RN ; déclaration du candidat tête de liste aux élections européennes, François-Xavier Bellamy, qui voterait « bien sûr » pour le RN plutôt que pour le Nouveau Front Populaire en général et LFI en particulier).

Une accélération qui se manifeste bien sûr dans le groupe Bolloré. Depuis tout en haut d’abord, puisque Le Monde (13 juin) nous apprend que Vincent Bolloré et Éric Ciotti sont de mèche. Par les têtes d’affiche ensuite: de Pascal Praud en campagne pour « l’union des droites » à Cyril Hanouna qui tente de mettre en scène sur son plateau le rapprochement de Reconquête avec le RN, après avoir laissé entendre que ce dernier était moins dangereux que LFI – et avoir dit « LF I au pouvoir, moi je pars, c’est sûr !» puis, sur X (12 juin): « C’était une boutade ! Je serai [toujours] là pour vous mettre devant vos idées nauséabondes et antirépublicaines ! […] Vous êtes la honte de la France ! »

Par les petits soldats enfin : c’est ainsi que l’on apprend que le chroniqueur Guillaume Bigot, habitué des plateaux de CNews, est candidat RN aux élections législatives.

Mais le basculement ne se limite pas aux médias du groupe Bolloré.

Premier exemple : le son­deur médiatique Jérôme Sainte-Marie est lui aussi candidat RN aux législatives.
Deuxième exemple : le directeur des rédactions du Figaro, Alexis Brézet, ne se désolidarise pas d’Éric Ciotti.
Troisième exemple : Alain Finkielkraut, dans Le Point (n juin), admet la possibilité de « peut-être » devoir « à plus ou moins longue échéance» voter pour le RN pour faire barrage à LFI.


Éditorial de «Médiacritiques» n° 51. non signé.


3 réflexions sur “Ça dérange, où arrange ?

  1. bernarddominik 07/07/2024 / 12h01

    Désolé mais je ne peux voter pour la candidate macroniste et son projet de guerre contre la Russie. C’est une question de survie. Si finalement le couplé Glucksmann Macron gagne, il n’y a pas d’abris anti atomiques en France. A part pour Macron et les énarques qui ont volé le pouvoir. A mon âge mourir n’est pas un drame, mais pour mes enfants et petits enfants je dis NON à la guerre.

  2. rblaplume 07/07/2024 / 12h07

    Aujourd’hui, le temps historique, que nous vivons, nous impose d’assumer notre rôle de Citoyen et Citoyenne pour s’inscrire dans le temps long des héritages des générations précédentes dans ce pays.
    La République ne doit pas tomber entre ceux qui se nourrissent de l’idéologie de l’état français de sinistre mémoire. C’est une longue lutte de ces contre-révolutionnaires, par différents moyens pour remettre en cause les différentes périodes historiques 1789, 1792, 1830, 1848, la Commune de Paris, la troisième République, la loi de 1905, le Front Populaire, la CNR, la Vième République.
    Cette idéologie s’inscrit dans un courant contre-révolutionnaire qui n’a jamais accepté les principes de liberté, d’égalité, de fraternité auquels j’ajoute la laïcité. Aujourd’hui, ils sont inscrits dans notre Constitution.
    Les noms de Dreyfus, Louise Michel, Jean Jaurès, Victor Hugo ne sont pas des références historiques reconnues mais tolérées pour ces milieux là.
    En effet, ces dirigeants politiques (RN/FN), économiques et médiatiques trouvent, dans des faits divers amplifiés, le moyen de désigner des boucs émissaires. La situation laissée par La macronie est désastreuse.
    Je maintiens pour être symbolique et simpliste que nous avons le choix entre ceux qui ont dans leur imaginaire Blum, De Gaulle, Marc Bloch, Jean Moulin, Mendès France Badinter et ceux qui se référent notamment à Pétain, Touvier, Laval, Papon !
    Pas d’hésitation, le temps nous est compté !
    Aux urnes, pour l’héritage des Lumières
    pour s’incrire dans la continuité des avancées sociales, démocratiques !

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.