Toutes hontes bues…

Un Niçois qui mal y pense

Le toujours président de LR (selon la justice) a surtout besoin de reconnaissance. Faute d’avoir pu dealer avec Macron, il se verrait bien ministre de Bardella.

Eric a une qualité rare en politique, c’est sa droiture. On peut vraiment avoir confiance en lui. Ce n’est pas un homme de coups fourrés, pas un homme d’entourloupes. » Cet avis d’expert fut prononcé dans « Challenges » (15/5/23) par Laurent Wauquiez. « Bullshit », dirait-il aujourd’hui, s’estimant trahi par celui qu’il avait aidé à s’installer à la présidence des Républicains.

A sa décharge, il n’était pas le seul à le penser. Dans la majorité sortante, on louait aussi la « loyauté » de Ciotti, sa capacité à faire des deals et à les tenir.

Mais, par un beau matin de juin 2024, le « dealer » de LR a tout envoyé balader pour passer dans le territoire adverse, celui du RN. Cinq jours plus tôt, en meeting au Cannet, dans son département des Alpes-Maritimes, « il disait encore pis que pendre du RN témoigne un autre dirigeant Rep, médusé. « En cinq ans, assure l’un de ceux qui viennent de le quitter, je ne l’ai jamais vu envisager une alliance avec Le Pen. » Pas les mêmes valeurs, pas la même histoire, arguait-il. Et, les combinaisons politiciennes, très peu pour lui…

L’après-midi du 9 juin, alors que les résultats du vote n’étaient pas encore connus, il s’inquiétait plutôt des intentions de… Gérard Larcher. N’y avait-il pas un risque que le président du Sénat entre à Matignon ? Un risque ou une chance : et si « Gégé » Premier ministre concrétisait enfin le rêve de sa vie, devenir ministre de l’Intérieur ?

Faire la peau à Estrosi

Ciotti lui-même avait fait passer des messages, via des ministres venus de LR comme Catherine Vautrin ou Aurore Bergé, pour faire connaître sa disponibilité. Il se plaignait de n’être pas « traité » par Macron. Une seule fois, le Président l’a appelé. C’était à l’automne dernier, avant les Rencontres de Saint-Denis ; cinquante minutes de conversation, et un Ciotti aux anges. « Il faut le faire savoir », avait-il enjoint, tout rosissant, à ses conseillers en communication. Et voilà comment Macron, par le long silence qui s’est ensuivi, a également dissous Ciotti…

Il y a Nice, bien sûr, pour expliquer son rapprochement avec le RN. Moins de 10 % dans sa circonscription pour la liste Bellamy, ça fait réfléchir. Mais « il n’y a pas de RN à Nice. Le vote Bardella, ce sont des gens qui votent Ciotti », assure un des conseillers qui l’ont lâché. « Il aurait gagné sa circo. Les municipales, en revanche, c’est autre chose. Mais il n’a jamais eu de vision pour la ville. La seule chose qui l’intéresse, c’est d’emmerder Estrosi »

Christian Estrosi, ancien mentor et ami devenu rival. C’est sous la protection pétaradante du « Motodidacte » que Ciotti a commencé sa carrière, comme assistant parlementaire puis comme conseiller général, député… Les deux hommes avaient passé un « pacte de sang » ; ils se livrent aujourd’hui une guerre impitoyable.

Au-delà d’une ambition farouche, Ciotti a-t-il trop longtemps ravalé de petites humiliations ? « Il a été le « cerveau » d’Estrosi pendant des années, son intelligence politique », raconte un ancien de « Nice-Matin ». Son garde-chiourme, aussi. Il avait alors gagné sur la Promenade des Anglais le surnom de « Beria », le chef de la police politique de Staline. Rageant, pour un anticommuniste…

Questeur est-il ?

Fils de modestes quincailliers niçois, le jeune Eric était monté à Paris pour y faire Sciences-Po. « Mais il s’est toujours senti sous-estimé, témoigne un ancien pilier de LR. Pendant la primaire de 2021, on ne le prenait pas au sérieux. Wauquiez l’a pris pour un con. On se moquait de son physique, de son accent, de sa voix nasillarde. » Brice Hortefeux n’avait-il pas dit que le candidat idéal, pour LR, serait celui qui avait les idées de Ciotti et le physique de Barnier ?

Ce besoin de revanche sociale n’exclut pas le calcul politique. « Il a dû se dire : « Ou je coule avec les Rep, ou je me sauve avec 30 ou 40 députés et je crée mon groupe « », philosophe un de ses amis d’enfance. Surtout, à 58 ans, Ciotti n’est toujours pas ministre.

A défaut, il espère garder la questure de l’Assemblée nationale, qu’il occupe depuis sept ans. « Il n’a aucune envie de retrouver sa chambre-cabine de député », témoigne un ex-collaborateur.

« Nous revenons dans les lieux de pouvoir pour reprendre le pouvoir », proclamait Ciotti en mars dernier, lorsque LR s’était installé dans de nouveaux locaux, face au Palais-Bourbon. Ces locaux dans lesquels il s’est enfermé, seul, mercredi dernier, et dont ses anciens pairs peinent tant à le faire dégager. Qu’importe, pour Ciotti, le moyen ou les alliés : l’essentiel, c’est le pouvoir. Et le temps presse.


Bruno Dive. Le Canard Enchaîné. 19/06/2024


2 réflexions sur “Toutes hontes bues…

  1. Carolyonne89 23/06/2024 / 10h27

    Toujours pas compris ces politicards qu’on en a marre de leurs égos carriéristes, marre de leurs coups bas et mensonges, marres des girouettes à géométrie variable, entourloupés et trahison uniquement a des fins personnelles, sans jamais se préoccuper de ce qui devrait être leur priorité, la France et l’avenir des français !!! Ils sont tous aussi répugnants les uns que les autres, ils nous manipulent sans cesse, IL SERAIT GRAND TEMPS QUE CE SOIT À NOTRE TOUR DE LES MANUPULER EN NOTRE FAVEUR, NON?

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