Mise en garde dans cette période trouble : tous les articles « postés » — jusqu’au jour du 2ᵉ tour des législatives —, ne le sont-seront qu’au titre de l’information plurielle et n’engage pas l’administrateur du blog.
La sélection d’articles doit servir à éclairer, analyser les différences dans les programmes proposées par les partis se présentant. Ils devraient permettre de décanter, comprendre les affirmations de chacun engageant la France, pour les trois années prochaines. D’autre part, chacune-chacun à le devoir citoyen (dans cette ambiance délétère), de prendre position en allant voter, mais également d’inciter toutes personnes côtoyées de se rendre dans les isoloirs afin d’éviter l’abstention. L’abstention ne « profite » qu’aux candidat-es, arrivé-es en tête. MC
« Banaliser », c’est le maître mot au Rassemblement national, qui n’en finit pas de lisser son discours, de gommer les aspérités des 12 pages de son programme. Pas un mot qui dépasse et pas de chiffres du tout, pour rassurer, pour faire croire que le RN est un parti comme les autres, pour le normaliser, pour le banaliser.
Comme si, à quelques jours du scrutin plus que crucial de dimanche, où le RN part en tête, une victoire de l’extrême droite avec accès possible de son représentant à la tête du gouvernement pouvait, elle aussi, être banalisée.
À l’époque du FN de Le Pen père (16,86 %), la formule pour s’en défier était : « On ne dîne pas avec le diable, même avec une longue cuillère ». A l’époque de Bardella et de Le Pen fille (32 %), il n’y a plus de cuillère du tout, et le diable n’en finit pas d’être dédiabolisé.
A la fois par ceux qui l’incarnent et par ceux qui pensent le combattre en piochant dans sa gamelle.
Sauf que, même banalisé, le RN n’a évidemment changé que d’enseigne, et ce n’est pas une couche de peinture de plus sur la façade qui modifie le brun du fonds de commerce. De la préférence nationale à la suppression du droit du sol, le RN est toujours le parti de la xénophobie. Et le vieux fond reste antisémite et raciste, aussi.
Dans le casting de ses postulants à l’Assemblée, plus d’un candidat en apporte la preuve défiltrée. Et, si cela ne suffit pas, les énervés de la CRS 4 dont parle « Le Canard » cette semaine, qui rivalisent sur leur boucle WhatsApp de blagues antisémites, de racisme anti-migrants et de plaisanteries pronazies, sont là pour en rajouter. Ces électeurs du RN se sentent en terrain déjà conquis.
C’est aussi le cas de ce couple du Loiret filmé pour « Envoyé spécial » (20/6), sur France 2, qui dégueule devant les caméras son racisme viscéral à l’égard de sa voisine noire. Lui déplore « les Mustapha ». Elle, plus agressive et qui travaille au tribunal de Montargis, éructe : « On fait ce qu’on veut, on est chez nous, va à la niche ! » Ce qui, pour Marine Le Pen, n’est « pas raciste » et donne une petite idée de ce que pourraient être les lendemains du second tour en cas de victoire du RN. C’est-à-dire avec un parti d’extrême droite aux manettes qui n’aurait plus besoin de « banaliser ».
Si Bardella s’emploie à éviter les mots qui pourraient fâcher, il n’en va pas de même de ses adversaires, qui parlent à tout-va alors que leurs camps respectifs leur enjoignent de se taire. C’est le cas de Mélenchon, qui ne cesse de plomber ses alliés de l’ex-Nupes devenue Nouveau Front populaire.
Entre les relents d’antisémitisme électoraliste et son insistance à jouer lourdement sur son éventuelle présence à Matignon et à répéter qu’en cas de succès du bloc de gauche il a décidé que c’est son parti qui choisirait le Premier ministre, ils l’accusent de rendre leur Front impopulaire et de miser sur le bruit et le chaos.
Macron, lui, parle de « guerre civile », mais il parle trop, lui aussi. Alors qu’il a déjà saoulé le pays, son électorat et tout son camp par ses multiples et vaines prises de parole, il ne trouve pas mieux pour tenter d’enrayer le rejet dont il est chaque jour un peu plus l’objet que de reprendre le micro.
Dans un podcast de 1 h45 minutes et avant une lettre aux Français, il parle de lui sur le mode confidences de bistrot et de sa fracassante dissolution en renvoyant « les extrêmes » dos à dos. En oubliant que, à force de vouloir exploser la droite et la gauche en même temps, il a fait monter leurs extrêmes et largement contribué à les banaliser.
Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. Éditorial du 26/06/2024