Sur la route aussi, l’IA prend de plus en plus d’importance. D’abord conçus juste pour aider, certains assistants électroniques deviennent obligatoires. Un bien, vraiment ?
Depuis le 7 juillet 2024, toutes les voitures neuves importées en Suisse devront disposer d’un arsenal de systèmes « d’assistance à la conduite ». Avec cette tripotée de copilotes électroniques la voiture pourra effectuer, à la place du conducteur, un freinage d’urgence, s’assurer que ledit conducteur n’est pas distrait ou assoupi, repérer d’éventuels obstacles lors d’une marche arrière, se remettre en ligne si le pilote distrait (ou assoupi…) dévie de la trajectoire, repérer à l’avance piétons et cyclistes et piler si le conducteur ne les a pas vus.
« Boîte noire » à bord
Plus technico-juridique, la voiture embarquera aussi un « enregistreur de données d’événements en cas d’accident » et un système de protection contre les cyberattaques. En revanche, le très utile système permettant à la voiture de conserver une vitesse prédéfinie tout en respectant une distance de sécurité avec le véhicule qui précède reste étonnamment facultatif en Suisse, alors qu’il est obligatoire dans l’UE pour les voitures automobiles légères. Allez comprendre.
Globalement, à quoi sont supposés servir ces assistants ? Dans une situation d’urgence, le véhicule va commencer par avertir son conducteur. Si ce dernier ne réagit pas à temps ou de façon adéquate, le « cerveau électronique » de la voiture va alors prendre les commandes et, par exemple, lancer un freinage d’urgence.
Un « maître » sous contrôle
Le législateur, pourtant, continue d’assortir ces nouveaux copilotes à l’absolue nécessité, pour le conducteur, de toujours être maître de son véhicule. En clair : même si la voiture est capable d’effectuer certaines tâches toute seule, le conducteur reste légalement responsable de tout problème potentiel. D’où, sans doute, l’obligation de la « boîte noire » en cas d’accident. Et c’est précisément là qu’on peut s’interroger sur le bien-fondé de l’obligation.
Dans l’absolu, toute l’intelligence artificielle embarquée pouvant contribuer à la sécurité routière est un progrès. Mais alors pourquoi conserver cette obligation de « rester maître » de son véhicule, alors qu’on tente précisément de substituer le jugement de la machine à celui de l’homme ? C’est tout le dilemme de ces assistants électroniques obligatoires, mais qu’une intervention humaine peut à tout moment court-circuiter.
Utile ou abêtissant ?
Dans l’esprit des constructeurs, c’est un plus pour la sécurité des clients. Dans la réalité, c’est une façon supplémentaire de les déresponsabiliser. Et on ne parle pas ici de cas extrêmes, comme celui du conducteur d’une voiture prétendûment « autonome » qui a perdu la vie parce que le système hypersophistiqué de sa voiture n’a pas « vu » le semi-remorque dans lequel elle s’est encastrée.
Non, on parle de la réflexion actuelle des constructeurs qui songent à… revenir en arrière après s’être rendu compte, par exemple, que les multiples écrans tactiles dont leurs véhicules regorgent ont provoqué au moins autant d’accidents par « distraction » et « inattention » des conducteurs qu’ils n’ont permis de régler la température d’une climatisation ou le volume d’un système d’«infotainment».
On constate effectivement qu’en voiture, comme dans la vie de tous les jours, sa tendance naturelle à la paresse pousse plus souvent l’humain à faire bêtement une confiance aveugle à la machine plutôt qu’à tenter d’en comprendre le fonctionnement pour l’utiliser à bon escient.
Donc en clair : plus il aura de bidules électroniques sur lesquels se reposer, moins le conducteur lambda accordera d’attention à la conduite. Un simple regard au nombre incroyable d’ahuris consultant leur smartphone au volant suffit à s’en convaincre… Et les motos alors ?
Le texte officiel est clair : « Hormis les systèmes d’antiblocage des roues (ABS) pour les motocycles d’une cylindrée supérieure à 125 cm3, aucun autre système d’aide à la conduite n’est actuellement prescrit pour ce type de véhicules ».
Les motards qui, il y a quelques jours, s’entraînaient à manier leurs imposantes Harley entre des cônes sous la houlette de policiers venus tout exprès des USA, avaient donc raison de continuer à se perfectionner : il reste clairement de nombreux domaines dans lesquels la machine n’est pas près de prendre le pas sur le cerveau humain.
Philippe Clément. Vigousse. 31 mai 2024
L’IA la conduite autonome posent clairement la question de la responsabilité. On ne pourra jamais rendre responsable une machine. C’est donc bien au conducteur d’être vigilant et de contrôler le bon fonctionnement de son véhicule, d’ailleurs tout système informatique mais aussi toute mécanique est faillible. Et l’homme aussi, mais il n’en reste pas moins responsable.
Bien d’accord. Michel
C’est l’homme qui boit; la machine pourrait-elle trinquer ?