Après la claque, ajouter bravache comme fausse gloire.

« Mieux vaut écrire l’Histoire que la subir », aurait-il dit. Ce n’est pas du « tu parles Charles » mais du manu des beaux quartiers et tu n’écriras pas l’histoire avec un grand H, mais comme celui qui aura tout détruit jusqu’au mot « subir » MC.


Alors qu’il s’agissait d’abord de couvrir le bruit retentissant de la sévère claque qu’il venait de recevoir par celui du fracas de la table qu’il a pris le risque de renverser, invoquer l’Histoire peut sembler disproportionné. Mais le présomptueux de la République n’est pas le seul à le faire : l’Histoire inspire aussi ses adversaires.

Dans cette élection et dans ses déflagrants effets, l’Histoire est mise à toutes les sauces. À commencer par la sauce brune. L’extrême droite, victorieuse, ne manque pas de voir dans les 31,37 % de Bardella, soit plus du double de la tête de liste de la Macronie, un succès forcément « historique ». Marine Le Pen, en scénarisant son rapprochement électoral avec sa nièce Marion, in vogue, elle, l’histoire familiale.

Mais, en matière de rapprochement, c’est une sombre histoire que signe le patron de LR, Eric Ciotti, qui, en annonçant une « alliance » avec le RN, a rappelé, y compris et d’abord parmi ses amis qui ne le suivent pas, le souvenir de Pétain ou, pour Darmanin, celui de la « signature des accords de Munich ». Sans tomber dans « les heures les plus sombres de notre histoire », antienne aussi usée qu’inefficace contre le RN « dédiabolisé », l’histoire de LR est en train de très mal se terminer.

A gauche, c’est une autre histoire. Celles de Léon Blum, de Maurice Thorez et du succès historique du Front populaire ont été convoquées pour tenter, par une union des gauches revisitée, de stopper la vague brune qui menace de déferler. Front populaire contre Rassemblement national, héritier du Front du même nom. C’est ce qu’a proposé le député LFI peu mélenchonien François Ruffin, sous le slogan « Une seule bannière : Front populaire », pour pousser les partis de gauche à s’unir et à le faire vite, car les délais qu’implique la dissolution sont contraints. Un début d’accord, contre toute attente, et surtout pas celle de Macron, a été promptement signé.

Contre toute attente car les signataires ont passé la campagne à se taper dessus, à échanger des coups, et surtout de nom­breux coups bas de la part de LFI contre Glucksmann. Lequel a obtenu un score revigorant pour la gauche, mais pas bon pour Mélenchon. En dépit du début d’union de circonstance entre écolos, Insoumis, socialistes et communistes, une alliance entre Glucksmann et Mélenchon ne fait pas partie de l’histoire du moment.

« Qui écrit l’Histoire et qui la raconte ? » s’est encore rengorgé Macron, avant de se lancer dans son pari de dissolution. Bonne question, mais, prétendre ainsi écrire l’Histoire, c’est surtout se la raconter et prendre le risque d’en sortir comme le premier président à avoir fait entrer l’extrême droite à l’Élysée.


Erik Emptaz. Dessin de Kiro. Éditorial du 12/06/2024. Le Canard enchaîné


2 réflexions sur “Après la claque, ajouter bravache comme fausse gloire.

  1. bernarddominik 13/06/2024 / 14h18

    Un état marqué par l’impuissance et les intérêts personnels ne peut générer que des solutions de facilité et de lâcheté.

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