En 1835, Abel Hugo, frère de Victor, tombait amoureux de Gérardmer. Il baptisa même cette ville « la perle des Vosges ». Et, aujourd’hui encore, son lac fait figure de petit paradis. En surface seulement.
Après la Première Guerre mondiale, des dizaines de tonnes de munitions ont été immergées dans sa partie nord. Ce « noyage », comme l’appellent tendrement les galonnés, fut un moyen expéditif de se débarrasser de déchets militaires toxiques.
Heureusement, expliquent aujourd’hui les autorités, dans les années 80 et 90, des plongeurs du centre de déminage de Colmar ont fait la chasse aux détritus que leurs aînés avaient semés. Mieux, le lac a été considéré comme « nettoyé », même loin des rives et jusqu’à 20 mètres de profondeur.
Problème : en juillet 1994, des vapeurs blanchâtres folâtrent à la surface de l’eau. Des munitions dégradées laissent échapper leur phosphore. Y aurait-il encore des témoins de la der des der assoupis dans la vase ? C’est la question posée par les enquêteurs de « Vert de rage », qui se sont entourés de scientifiques pour en avoir le cœur net.
En fait, ce n’est pas en profondeur que sommeillent ces bombes à retardement, mais non loin de la terre ferme. A 6 mètres de la rive, dans la lumière des lampes torches, les plongeurs repèrent les premières grenades à manche. D’autres explosifs de tranchée. Puis des obus ici ou là, fortement dégradés.
L’eau du lac étant ponctuellement utilisée l’été, en cas de sécheresse, pour compléter les ressources de la ville en eau potable, les journalistes décident de la faire analyser, ainsi que des sédiments et des herbes aquatiques qui entourent les vestiges guerriers.
Aaron Beck, le responsable de la division d’océanographie chimique de Kiel, en Allemagne, accepte de se pencher sur ce sujet qu’il connaît bien. Lui qui traque, depuis des années, la pollution de l’environnement par les armes de guerre en mer Baltique. Et son verdict est glaçant.
En plus du phosphore, « la perle des Vosges » recèle dans son eau comme sur ses plantes des restes d’explosifs comme du TNT, mais aussi des traces de fer, de` plomb ou de titane qui dépassent les normes de qualité environnementale. Même chose au large d’Ouistreham, où un destroyer britannique avait été coulé en 1944 par l’aviation allemande.
Ses 21 missiles de combat sont toujours visibles, enrobés d’anémones de mer, de coquillages, et taquinés par les poissons. A Suippes, dans la Marne, l’enfouissement dans le sol de munitions de tranchée pollue même l’eau du robinet de résidus d’explosifs.
Aucune étude n’a jamais été faite sur l’impact des déchets de guerre. Il n’existe pas de carte détaillant les emplacements où ces milliers de tonnes ont été immergées, enfouies, oubliées par l’armée française. « Vert de rage » informe toujours la société civile de ses travaux, mais, dans cette affaire, les autorités civiles et militaires se sont défilées.
La palme de la Grande Muette revenant à l’amiral Nicolas Vaujour, le chef d’état-major de la marine nationale, qui a piteusement fui les questions à toutes jambes, comme un matelot de 2ᵉ classe qui essaierait de couper à la corvée de pluches.
Sorj Chalandon. Le Canard enchaîné. 15/05/2024
https://www.youtube.com/watch?v=qEKrYay54z0
Et tout ce que nous ignorons. La « grande muette » porte bien son sale nom.
Salut Michel. Mon frère, décédé aujourd’hui, était président du club de plongée basé à Gérardmer nommé « les joyeux têtards ». Il ne m’a jamais parlé de ça mais tu me permettras j’espère, de leur transmettre l’information, des fois qu’ils ne soient pas au courant…
J’ai cherché à recouper par d’autres informations diverses, les dires de cet article. Il semble que cela ait été vérifié
Amitiés. Michel
Je ne vais me faire que des amis : et si de telles études étaient menées, ici et là, où il y a eu des combats, comme au Vietnam.. en Indochine.. et ailleurs…avec bien évidemment publication de tous les résultats…