Les fourberies de Bardella

Le voilà intronisé, par la grâce d’un sondage, héros de la « relève » en politique, à (presque) parité avec Gabriel Attal. Parmi les personnalités de moins de 45 ans, il serait celui en qui les 18-24 ans ont le plus confiance (« Le Parisien », 25/2). Jordan Bardella, c’est pourtant la « relève » avec de très vieilles ficelles. Comme celle qui consiste à s’acheter une respectabilité en s’affichant à la panthéonisation des Manouchian.

Un héritier des collabos venu fêter un résistant communiste apatride, pourquoi pas, on n’est pas responsable de ses grands-parents. Le problème, c’est que, la veille, Bardella déjeunait en catimini avec la patronne de l’AfD, l’extrême droite allemande, Alice Weidel, en compagnie de Marine Le Pen. Personne n’en aurait rien su si Weidel n’avait craché le morceau sur X (21/2). « Nous avons constaté que nous recherchions les mêmes solutions aux grands problèmes d’aujourd’hui »,a-t-elle écrit. Les mêmes solutions, vraiment ?

Le parti néonazi a provoqué des manifestations monstres en janvier en Allemagne, pour avoir proposé un plan d’expulsions massives d’étrangers et d’Allemands « non assimilés »vers l’Afrique du Nord. Manouchian aurait apprécié ces « mêmes solutions ». Marine Le Pen assure, elle, ne pas les partager. Le RN et l’AfD sont pourtant cul et chemise. Alliés au Parlement européen, ils ont tenu plusieurs meetings communs en vue du scrutin du 9 juin.

Bardella, c’est la dissimula­tion, l’escobarderie portée au pinacle. Comme lorsque, au Salon de l’agriculture, il bamboche avec la Coordination rurale avant d’accuser Macron de virer « dans une forme de complotisme, de paranoïa, qui est le propre de tout extrême ». Macron, d’extrême droite ? Bardella a le goût de la provoc.

Mais il a ses limites. Sur BFMTV, le 25 février, il a été pris en flagrant délit d’imposture. Pourquoi sa famille politique s’est-elle abstenue, en 2023, de voter une résolution au Parlement européen dénonçant « fermement la condamnation à caractère politique »d’Alexeï Navalny ? « Ce n’est pas à l’UE de décider si tel ou tel Etat a bien fait les choses (…). On a essayé de se tenir à ce principe tout au long de la mandature », répond le président du RN. Sauf qu’en 2021 il avait voté une résolution pour dénoncer la répression politique à Cuba. « Cuba, ce n’est pas la Russie », se défend-il faussement. Sacré Bardella, qui a la vérité « alternative ». Vous avez dit « relève » ?

Sa duplicité, en tout cas, ne relève pas le niveau de l’extrême droite.


Article signé des initiales J.-M. Th. Le Canard enchaîné. 28/02/2024


3 réflexions sur “Les fourberies de Bardella

  1. bernarddominik 01/03/2024 / 8h59

    Oui la duplicité du RN est inquiétante. De plus ses changements constants de cap rendent certains propos peu crédibles, quant au programme du RN il consiste à promettre à tous: baisser les impôts et augmenter les aides, comment?, ça reste un mystère. Quant à son programme sur les immigrés, il manque de discernement

    • Libres jugements 01/03/2024 / 9h35

      La duplicité du RN doit être explicité au plus grand nombre d’entre nous.
      Plus il y aura d’explications étayées sur le décalage entre l’apparence lisse, bon enfant, et la réalité des actions, des votes, des membres du RN lorsqu’ils doivent voter des lois à la chambre européenne ou à l’Assemblée natl et Senat.

  2. tatchou92 01/03/2024 / 19h24

    Si le résultat du prochain scrutin européen se fait par malheur porteur de surprises désagréables pour certains ambitieux, qui risquent de prendre « une baffe » sans aucun doute méritée… ceux qui craignent cette catastrophe ne rigoleront pas non plus, et devront aussi s’interroger… sur leurs propres responsabilités..

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