Le voile musulman

Dans l’Iran actuel, il est devenu clair pour tous que le changement est devenu une nécessité absolue.

Le mouvement « Femme, Vie, Liberté » est visible au sein des écoles et des universités, parmi les médecins et les infirmiers, chez les travailleurs et dans toutes les couches de la société. Partout ! C’est peut-être ce qui a suscité les foudres du gouvernement puisque, au lieu de protéger les intérêts nationaux, il recourt uniquement à la répression.

A la faveur de ce mouvement, le rejet du voile obligatoire est devenu le symbole de l’aspiration au changement. La raison est évidente : le pouvoir iranien a toujours fait du voile un symbole. Et aujourd’hui, la pression sur les femmes est maximale. Une femme qui ne porte pas le voile se voit refuser l’accès à sa propre voiture, aux autobus, au métro, aux services médicaux, bancaires et administratifs, à l’éducation, à l’emploi, etc.

Elle risque de voir son téléphone coupé, son abonnement internet suspendu, son passeport confisqué. Autrement dit, une citoyenne est privée de tous ses droits parce qu’elle refuse de cacher ses cheveux. Or, il n’existe pas dans la charia, ni dans aucun texte religieux, d’obligation pour une femme de se cacher les cheveux. Pourquoi donc le gouvernement agit-il ainsi ?

Comme toutes les théocraties, la théocratie iranienne se trouve dans une impasse qui frôle l’absurde.

Après des décennies de gestion défaillante, après avoir échoué à maîtriser le chômage et la pauvreté, faute de pouvoir améliorer les conditions de vie des citoyens, il lance les forces de l’ordre dans des actions préju­diciables au pays entier. Tel un naufragé qui tente de maintenir la tête hors de l’eau, il s’agrippe au voile des femmes. Mais sa démarche est contreproductive : plus il s’y accroche, et plus le voile des femmes tombe.

Nous tous, femmes et hommes qui aspirons à la liberté, avons le devoir, au nom du sang versé, des yeux crevés, des vies sacrifiées, de résister pour conser­ver notre humanité. Par respect pour les générations si nombreuses dont les droits ont été bafoués, nous devons nous battre pour sauver l’Iran et les Iraniens. J’appelle tous ceux qui, à titre personnel ou au sein d’organisations, possèdent une voix, une plume, des idées ou un art, à accorder une attention particulière à la situation terrible du peuple iranien, et surtout à celle des femmes. Je leur demande de condamner par tous les moyens la cruauté et l’injustice généralisée. Soutenez la résistance du courageux peuple iranien, en particulier des femmes. Nous avons besoin de vous !

Sedigeh YasushiI. L’Obs N° 3101. 07/03/2024


Née en 1961 à Téhéran, docteure en droit musulman, SEDIGEH YASUSHI est opposée à la loi sur le voile obligatoire, la lapidation, le « crime » d’apostasie et la spoliation des femmes en matière d’héritage.

En 2007, elle a publié en persan « Femmes, Jurisprudence, Islam », pour montrer qu’aucune de ces discriminations ne découle du Coran. Fuyant la répression du « Mouvement vert », qui dénonçait la fraude électorale du président Ahmadinejad, elle s’exile en 2011.

Rentrée en Iran en 2017, elle est emprisonnée pour « propagande contre l’État islamique ». En avril 2023, elle fustige le voile obligatoire dans une lettre ouverte à l’ayatollah Khamenei.

Défendant la séparation entre lois civiles et religieuses, elle renonce elle-même au voile, après l’avoir volontairement porté toute sa vie, « en solidarité avec toutes les femmes d’Iran tuées pour n’avoir pas couvert leurs cheveux ».

En publiant ce texte dans « l’Obs » alors qu’elle réside toujours en Iran, elle se sait passible du crime de « collusion avec un média étranger ennemi », ou d’« activités visant à renverser la république islamique », et s’expose en conscience à une détention arbitraire.


Une réflexion sur “Le voile musulman

  1. tatchou92 11/03/2024 / 22h52

    Solidarité !

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