Assez raide dans l’exercice de son mandat, qui se termine, la présidente de la Commission fait preuve de beaucoup de souplesse pour obtenir sa réélection.
Toujours tirée à quatre épingles, maquillage et Brushing impeccables, sourire figé, Ursula von der Leyen n’a eu d’autre choix que de faire face à la presse cette semaine, ne serait-ce que pour annoncer ce que chacun savait : elle se verrait bien rempiler à la tête de la Commission européenne. En général, elle communique par petites vidéos, c’est parfait pour le contrôle, son obsession, et ça lui évite un truc qu’elle abhorre, la contradiction. Ça tombe bien, car, dans l’immédiat, elle est sans concurrente ou concurrent sérieux.
Interrogée, néanmoins, sur la difficulté à laquelle elle allait se heurter pour construire une majorité la soutenant au Parlement européen, elle a répondu, très digne, comme toujours, qu’elle serait inflexible sur ses alliances : pas de pacte avec des partis qui ne soutiennent pas les valeurs européennes, la démocratie et la cause ukrainienne. Inflexible, promet-elle, sur des « valeurs » qu’elle se garde bien de détailler, mais pas idiote avec des lignes rouges aussi floues, on peut construire toutes sortes de coalitions.
Lorsqu’elle s’est présentée, au dernier moment, en 2019, poussée par la France, cette proche d’Angela Merkel, trois fois ministre fédérale en Allemagne, avec les portefeuilles de la Famille, du Travail et de la Défense, a été investie par le Parlement européen avec neuf petites voix de majorité.
Ce qui ne l’a pas empêchée de se comporter en véritable tsarine, négociant seule avec les laboratoires et le patron du groupe Pfizer les contrats pour les vaccins lors de l’épidémie de Covid et refusant obstinément de donner communication de ses SMS avec le PDG, pourtant considérés comme des documents officiels de la Commission européenne. Ils seraient « perdus ».
Ma copine Meloni
Après l’attaque du Hamas, elle se rend en Israël, mais n’a pas un mot pour les Palestiniens. La fureur des diplomates européens, partisans d’une ligne beaucoup plus équilibrée, ne lui a pas fait bouger une mèche. Ce comportement lui vaut de solides inimitiés. « On a vu des aspects de sa personnalité assez compliqués, une tendance marquée à l’autoritarisme, une opacité, une habitude de travailler avec une toute petite équipe autour d’elle, alors qu’on est un ensemble de 27 pays. Certains se disent que, si elle fait un second mandat, on ne va plus la tenir », confie un fonctionnaire de la Commission.
Ursula von der Leyen ne manque pas pour autant d’atouts pour rempiler : droite comme un « i » sur les principes, souple comme une virgule au quotidien. Aujourd’hui inséparable de Giorgia Meloni, aussi atlantiste qu’elle et très mobilisée pour l’Ukraine, elle n’avait pas de mots assez sévères lors de son élection, mettant en garde sur l’État de droit en Italie — elle serait « inflexible » —, menaçant Rome d’utiliser toutes les armes en son pouvoir, c’est-à-dire la distribution de fonds européens, pour faire plier les « populistes ».
Avec Viktor Orban, les tensions masquent de réels points d’accord. « Il ne s’opposera pas à sa reconduction. Elle l’a toujours ménagé Ils sont arrivés à un modus vivendi, récemment : il n’a pas bloqué l’adhésion de l’Ukraine, et, en échange, la Hongrie a obtenu un premier versement de 10 milliards des fonds post-Covid », précise un membre du groupe Renew.
Cette fana-mili a longtemps espéré atterrir à l’Otan et a cultivé assidûment ses relations avec Joe Biden, avec qui elle est au mieux. Est-ce pour cette raison que la Commission européenne ne s’est pas montrée trop combative vis-à-vis de l’Inflation Reduction Act, qui inonde l’économie américaine de subventions pour la verdir ?Ce plan, qui aurait pu être contesté devant l’Organisation mondiale du commerce, ne l’a pas été.
Résultat : jugée trop atlantiste par certains Européens, elle n’est pas devenue secrétaire générale de l’Otan.
Écolo… mais pas trop
Pour sa réélection à Bruxelles, ses capacités de rétropédalage vont être fortement sollicitées. Car la droite européenne est désormais vent debout contre son agenda climatique. Élue sur un Green Deal la dernière fois, elle va devoir lâcher du lest. Ça, elle sait faire. Elle a déjà renoncé à son texte sur les pesticides et s’attèle avec ardeur aux coups de rabot sur son Pacte vert.
Jusqu’où pourra-t-elle renier ses « convictions » écologistes ? Car, lâchée par LR, qui ne la soutiendra pas, « VDL » doit pouvoir compter sur le soutien des sociaux-démocrates et des Verts européens. Si jamais des voix venaient à lui faire défaut, son camp disposerait tout de même d’un candidat de rechange en la personne de Mario Draghi, un proche de Macron, ancien directeur de la Banque centrale européenne et ancien président du Conseil italien.
Un gars qui reste habilement dans l’ombre, passé de Goklman Sachs à la politique, et, comme elle, aussi souple qu’inflexible.
Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 28/02/2024
Nous ne sommes apparemment pas prêts de voir trôner un Président ou une Présidente Française, dans le fauteuil qui avait été occupé par Madame Simone Veil.