L’IVG inscrite dans la constitution, c’est très bien, une avancée, mais il reste tant à faire pour l’égalité femme-homme au plan social, sociétal, des salaires, du respect réciproque, etc.
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes, les mentalités évoluent.
Présente à la radio « France Inter » chaque vendredi à 7 h 20, avec sa diction appliquée, ses mots cinglants, et son ton sans appel pour évoquer les femmes à la rue, les douleurs menstruelles ou les féminicides.
Au risque d’en agacer certains, Anne-Cécile Mailfert embrasse sa « chance inouïe d’avoir une tribune féministe à une heure de grande écoute ».
Porte-parole puis présidente de l’association Osez le féminisme ! , elle a créé en 2015 la Fondation des Femmes, pour lever des fonds et les redistribuer aux acteurs féministes de terrain. Huit ans plus tard, la structure compte vingt-trois salariés et a versé 10 millions d’euros à plus de six cents projets associatifs.
Sa présidente mène tambour battant un plaidoyer radical, préférant aux références théoriques un pragmatisme de terrain et puisant avec confiance dans ses talents de communicatrice.
Ce 8 mars 2024 sera-t-il un jour de fête ?
C’est toujours une fête. C’est une journée épuisante, puisqu’elle concentre beaucoup d’actions. Je me dis souvent que les journées des 8 mars et 25 novembre [contre les violences faites aux femmes] ont été décidées pour fatiguer les féministes et les faire taire le reste du temps.
Bien sûr, j’espère qu’un jour on n’aura plus besoin de dédier une date aux femmes mais on n’en est pas là, alors autant utiliser à fond ce moment où on catalyse l’attention pour célébrer les avancées de nos aînées tout en répétant ce qu’il reste à accomplir.
Aujourd’hui, la prise de conscience est là. C’est un motif d’espoir, car la violence contre les femmes n’est pas génétique ou naturelle, c’est une construction sociale. On peut donc la déconstruire. Même si le patriarcat se réinvente constamment, parce que toute avancée génère sa contre-offensive.
Comment se traduit-elle ?
Elle est extrêmement violente sur les réseaux sociaux, avec des influenceurs masculinistes dont les contenus de plus en plus machos pèsent sur la perception qu’ont les hommes des avancées féministes et de l’égalité.
Les plus jeunes en sont la cible privilégiée, tandis que ceux de ma génération ont dans l’ensemble compris des choses sur le consentement et la culture du viol, depuis #MeToo, en 2017
En général, que font les hommes qui trouvent que les femmes l’ouvrent trop ? Ils tentent de les remettre à leur place « naturelle », qui serait d’être mères. Les attaques contre l’avortement à travers le monde montrent cette volonté de faire rentrer les femmes à la maison pour qu’elles fassent des mômes et cessent de la ramener…
L’entrée du droit à l’IVG dans la Constitution est-elle plus que symbolique ?
Symbolique ne veut pas dire anecdotique. Il n’y a pas de petite victoire pour l’IVG ni, surtout, de petite défaite du camp d’en face. La Constitution organise notre vie politique et dira avec ce texte que, pour la bonne marche de notre société, il faut que les femmes aient la liberté de faire ce qu’elles veulent de leur corps.
Fin 2022, vous disiez qu’en France #MeToo restait à faire. Y est-on enfin ?
Toujours pas. Ce mouvement a permis aux femmes de trouver une caisse de résonance. Celles qui parlent ne sont plus seules, et malgré des réticences le sujet existe vraiment dans la population. Je suis admirative quand j’entends Judith Godrèche sur la scène des César. Mais le silence qui suit sa parole, comme les conditions de vie concrètes et quotidiennes des femmes, montre que nos progrès ne sont pas gigantesques.
C’était pourtant la grande cause du premier quinquennat d’Emmanuel Macron…
On peut faire un livre noir de cette grande cause. La société est prête, #MeToo est entré dans tous les milieux, tout le monde y a réfléchi, en a discuté. Mais l’État ne suit pas.
Or, pour des changements en profondeur, il faut de l’argent, sinon la bonne volonté finit par s’étioler. C’est la même chose avec la Ciivise : après des mois de travail exceptionnel sur l’inceste, quand il faut réellement commencer à proposer des mesures, on vire Édouard Durand.
Avez-vous grandi dans une famille féministe ?
Pas du tout. Je viens de Lorraine, mes parents enseignaient, lui en sciences dures, elle pour la formation continue des adultes. C’est un couple assez inégalitaire, mon père a appris bon gré mal gré à repasser ses chemises à 75 ans tellement je l’ai tanné. Mais ma mère travaillait, et il a toujours valorisé son intelligence, son ascension sociale et culturelle, elle qui était la première de sa famille à avoir eu le bac. Il m’a toujours écoutée et soutenue, même s’il ne comprenait pas bien ce que je faisais — m’entendre sur France Inter l’a rassuré ! J’ai toujours été impertinente, et voulu être convaincue du bien-fondé des règles avant d’obéir.
Quand avez-vous pris conscience des inégalités entre hommes et femmes ?
J’étais naïve, je n’avais peur de rien, je voulais voyager seule, séduire qui je voulais, je ne voyais pas pourquoi je ne pourrais pas le faire ! Et puis le patriarcat m’a rattrapée.
J’ai compris trois choses : la sexualité est un sujet chatouilleux ; filles et garçons n’ont pas les mêmes droits ; et quand on est seule, c’est difficile. Plus tard, il y a eu évidemment les regards et les insultes dans la rue. Et les violences, dont j’ai été victime dans mon couple à 18 ans, et lors d’une agression, à l’étranger. Tout cela m’a bien remise à ma place de femme.
D’après un article de Juliette Bénabent. Télérama (Courts extraits). N°3869. 06/03/2024
A métier équivalent il n’y a que 4% de différence de salaire entre hommes et femmes. Les femmes aiment moins les métiers dangereux, mieux payés, doit on moins payer les métiers dangereux? Comme informaticien je me rappelle très bien que lorsqu’il y avait des interventions de nuit ou de WE il n’y avait jamais de femmes, doit on supprimer les heures supplémentaires parce que les femmes en font moins? Il n’y a pas d’inégalité homme femme en France en terme de salaire, il y a inégalité sur le travail fourni, sur les études choisies, qu’est ce qui est le plus utile, un chercheur en physique ou en philosophie ?
En philosophie bien sûr.
https://inegalites.fr/femmes-hommes-salaires-inegalites