Ce titre à la Beckett pourrait résumer les arrière-pensées de bon nombre de dirigeants politiques dans le monde, qui espèrent que le retour d’un président isolationniste et dysfonctionnel à la Maison-Blanche fera leur affaire.
L’issue de l’élection du 5 novembre n’est évidemment pas garantie, mais Donald Trump a clairement une option sur la présidence : les sondages lui donnent un réel avantage sur Joe Biden, notamment dans les « swing states », ces États charnières où se jouera le scrutin. Cette hypothèque pèse suffisamment lourd pour entrer, dès à présent, dans les stratégies politiques, partout dans le monde.
En Ukraine, cette perspective prend un tour existentiel : d’ores et déjà l’aide militaire et financière américaine est paralysée par l’obstruction républicaine au Congrès ; la victoire de Donald Trump lui donnerait le coup de grâce. Le Premier ministre hongrois Viktor Orbàn, le dirigeant européen qui entretient les meilleures relations avec Vladimir Poutine, est allé aux États-Unis rencontrer Donald Trump.
L’ancien président l’a assuré qu’il n’y aurait « plus un centime pour l’Ukraine » s’il revenait à la Maison-Blanche. Cette perspective, vue du Kremlin, est d’autant plus réjouissante que Poutine a trop de mépris pour les Européens pour croire qu’ils pourraient assurer le soutien à l’Ukraine sans le parrainage américain.
Parmi les Européens, la perspective de revoir Donald Trump aux sommets de l’Otan ou au G7 n’enchante guère que Viktor Orbàn, éternel trouble-fête de l’Union européenne. Tous ceux qui ont fait reposer leur sécurité sur le « parapluie » américain sont aujourd’hui des orphelins en puissance : ils savent que le jour de l’élection de Trump marquera, comme l’explique l’ancien ambassadeur à Washington Gérard Araud, la « mort » de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord, la clause de solidarité de l’Otan. Dès lors, se posera la question : qui sera prêt à « mourir pour l’Estonie » ? Elle pourrait surgir après le « mourir pour le Donbass » qui a fait couler beaucoup d’encre en France récemment.
L’autre dirigeant politique qui attend avec impatience le 5 novembre, c’est Benyamin Netanyahou. Le Premier ministre israélien a des relations exécrables avec l’actuel hôte de la Maison-Blanche, Joe Biden, et avec les démocrates dont l’un des principaux ténors, le sénateur Chuck Schumer, a ouvertement demandé sa tête.
La droite israélienne considère depuis longtemps que Donald Trump a été le meilleur président pour Israël, non seulement parce qu’il a déplacé l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem, ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé faire, mais aussi pour les accords d’Abraham. Peu importe que ces accords avec une partie du monde arabe aient ignoré les Palestiniens : ils ont une part de responsabilité dans le ressentiment de la « rue arabe »…
Netanyahou est un cynique : il sait que sa survie politique ne tient qu’à un fil, et qu’il s’en sortirait mieux avec un ami à la Maison-Blanche. Mais il lui faut tenir jusqu’au 5 novembre, ce qui est loin de lui être garanti dans le contexte de crise humanitaire profonde de Gaza, et de défiance des Israéliens depuis le 7 octobre.
Seule certitude : une victoire de Donald Trump ferait basculer le monde dans une autre époque, imprévisible, dans laquelle le rapport de force remplacerait le droit. De quoi réjouir les « hommes forts » qui, sur tous les continents, se sentiraient confortés par l’éclipse américaine.
Pierre Haski. L’Obs N°3103. 21/03/2024
Cela me rend malade de le voir réélu !
Malheureusement, Anne, si Donald Trump est réélu– Ce qui est apparemment fort possible – Il ne fera qu’augmenter le nombre de personnalités dangereuses, gouvernants des états, dans le monde.
Avec toute mon amitié et en t’incitant à poursuivre tes petites historiettes, souvent porteuses de moralité. Michel
« mal parti nous envoie le bonjour.. » Je plains par avance les citoyens américains qui devraient se secouer un peu plus pour éviter cela..