Billet poignant…

« Je pense à un homme nommé Dove, c’est son anniversaire aujourd’hui, il a presque 100 ans. »

Ce mercredi 6 mars 2024, dans Les matins de France Culture, Guillaume Erner attaque son billet comme on déroule une histoire, usant d’un ton de conteur que ne renierait pas Claude Askolovitch dans sa revue de presse sur France Inter.

Le matinalier – qui peut évoquer dans cet espace de deux minutes l’engrenage menant des joggeurs à courir un marathon aussi bien que le retour de la R5 (oui !) – détaille ici le parcours d’un homme qui « s’appelait Bernard, a émigré en Israël après la Shoah, s’est installé dans un kibboutz qui fut un coin de paradis ».

Militant « inlassable » de la paix, Bernard, renommé Dove, est devenu artiste, s’enfermant dans une cage lors d’un happening contre la guerre, ou exposant des missiles en bois.

« Depuis le 7 octobre 2023 je songe bien sûr à [lui], indique le producteur. Son kibboutz est à une trentaine de kilomètres de Gaza ; je tremble pour lui car je sais que ça fait des années qu’il ne va plus dans les abris. Quand il y a des alertes aériennes, il abandonne son sort j’imagine à Trotski, pour que les cadeaux du Hamas tombent à côté de la petite maison qu’il occupe. Comme beaucoup de rescapés, Dove a été hanté par la Shoah, les camps, le visage de Hitler. »

Guillaume Erner fait ensuite le lien avec une actualité plus immédiate : « C’est pourquoi en voyant ce visage d’enfant gazaoui émacié et décrit comme étant en train de mourir de faim [dont la photo a été publiée par certains médias, ndlr], je me suis dit que Dove n’avait jamais voulu cela, que ces images insupportables allaient doublement le hanter, comme homme, mais aussi comme rescapé. »

Ce récit singulier, particulièrement touchant et signifiant, le journaliste l’utilise pour dénoncer « la famine [dans la bande de Gaza, ndlr], que même les États-Unis n’arrivent pas à rompre ».

 Et d’expliquer ensuite pourquoi il l’expose ainsi, abolissant la distance que s’impose souvent sa profession : « J’ai oublié de vous dire que Dove est mon oncle, j’espère que ce cauchemar va rapidement prendre fin. »


Laurence Le Saux. Télérama Web. Source


À réécouter : le billet de Guillaume Erner, dans Les matins de France Culture.


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