THÉÂTRES ANTIQUE D’ORANGE


Le théâtre antique d’Orange est bâti en l’an 100 dans cette ville du nord du Vaucluse, fondée sous le nom d’Arausio en 36 avant notre ère par les vétérans de la deuxième légion gallique de César. Encore visible aujourd’hui et conservé dans un état remarquable à l’instar de celui d’Arles, il a néanmoins été transformé au cours du temps au gré de l’intérêt — ou du désintérêt — porté aux vestiges de l’Antiquité. Son aspect actuel doit beaucoup aux travaux du XIXe siècle.

Le théâtre est construit en pierre calcaire locale. Le fort célèbre mur de scène était initialement orné de plaques de marbre de couleur, de frises, de niches, de rondes-bosses. Ce décor est perdu. Quand le christianisme devient la religion officielle de l’Empire romain, les divertissements sont considérés comme appartenant au monde païen. En 391, un édit officiel déclare le théâtre fermé. Le monument s’abîme progressivement et tombe en ruine.

Au XIIIe siècle, Raymond des Baux, prince d’Orange, le convertit en forteresse, ce qui contribue à le sauver. À partir du XVIe siècle, des habitations sont construites dans la cavea et une rue traverse le monument. Quatre-vingt-onze maisons y sont encore visibles au début du XIXe siècle.

En 1807, Aubin-Louis Millin, érudit, curieux d’histoire et d’archéologie, décrit le théâtre dans le deuxième volume de son Voyage dans les départements du midi de la France. Il en forme comme une dernière image littéraire avant les restaurations entreprises moins de deux décennies plus tard. Il mentionne la prison, installée de chaque côté de la muraille, dans ce qu’il suppose avoir été le logement des gens de service et l’entrepôt des décors. Il rapporte également une anecdote, qui lui a probablement été relatée par les habitants du quartier et fait revivre les lieux dans leur relation intime au quotidien des Orangeois contemporains.

En effet, à la fin des années 1760, le serrurier Noguier, dont la boutique était installée dans le mur du théâtre, pris de boisson, aurait entrepris d’escalader la façade sous le regard effrayé d’une foule rendue muette par la dangerosité de l’ascension. Mais « parvenu à l’endroit où une pierre manquait, [l’artisan] grimpa jusqu’à la corniche, gagna l’autre pierre, et continua heureusement jusqu’au bout ». Millin note que le fils de l’acrobate d’un jour, serrurier également, est toujours installé au même endroit.

En dépit des divers usages auxquels les vestiges de pierre ont été affectés au cours du temps, il ne faudrait pas déduire que la valeur et la beauté des lieux ont été ignorées. En effet, en 1640, le Tableau de l’histoire des princes et principautés d’Orange souligne déjà que le théâtre, l’arc et le grand aqueduc de la ville sont « excellens en la dignité de leur création, mémorables en leur antiquité, superbes et curieux en leur structure & en tant que rares singularités qui y sont représentées ».

À l’aube du XIXe siècle, l’intérêt pour l’archéologie accroît encore celui porté au monument et encourage à plaider pour sa préservation. Aubin-Louis Millin ne se contente pas de décrire les lieux, il en déplore l’état de délabrement, les dégradations provoquées par l’évacuation des eaux pluviales et par le déversement des immondices par les détenus le long de sa façade, ou encore l’insalubrité des « masures [où] la misère et la fièvre règnent continuellement ».

En 1808, l’ecclésiastique Maxime Pazzis, membre de la Société nationale des antiquaires et attaché à la préservation du patrimoine français, a également bien conscience qu’un tel témoin de l’histoire risque de souffrir d’une occupation peu attentive à sa préservation. Il écrit dans son Mémoire statistique sur le département du Vaucluse : « Il importerait de déblayer au moins l’intérieur de ce monument, et d’en faire sortir ceux qui, en l’habitant, sont pour lui, en quelque sorte, un outrage et un opprobre. Des fouilles intérieures feraient peut-être découvrir une foule d’objets précieux et antiques ».

Un premier programme de restauration est lancé en 1823. Sous la direction des architectes Auguste Caristie et Prosper Renaux, le théâtre est complètement dégagé en 1831. Les échoppes installées dans la façade, probablement entre les arcades, sont détruites, tout comme les maisons qui occupaient l’enceinte ou qui s’y adossaient du côté de l’actuelle rue Pourtoules. Si le décor du mur de scène n’est pas restitué, la cavea et l’avant-scène sont entièrement reconstruites dans un souci d’exactitude dont témoignent les recherches effectuées par les deux architectes.

Un point restait à résoudre dans cette entreprise : la couverture de la scène. Les études de la paroi ont révélé un système soutenu par une charpente de bois qu’il n’était pas possible de restituer en raison de l’effritement de la pierre. Plusieurs propositions ont été faites. Une structure de verre et d’acier n’a finalement été installée qu’en 2006, dans un parti pris certes résolument contemporain, mais au bénéfice de la protection du bâti ancien.


Frédéric Manfrin. Chloé Perrot. Recueil « Fantômes de Pierre ». Éd. BNF


3 réflexions sur “THÉÂTRES ANTIQUE D’ORANGE

    • Libres jugements 13/02/2024 / 12h46

      Bonjour Christine, tu sembles apprécier ce genre d’articles sur les monuments disparus.
      Je ne peux que te conseiller l’achat de ce livre auprès de la Bibliothèque nationale. C’est un puits de connaissance sur « des restes de ruines » autrefois majestueuses. Amitiés Michel

      • christinenovalarue 13/02/2024 / 12h55

        Je suis passionnée d’histoire, et un brin nostalgique de tout ce que porte témoignage ou patrimoine

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