Seuls d’anciens parigots peuvent se targuer d’avoir entrevu avant démolition, les murs de la « Petite Roquette » dans le 11ᵉ arrondissement de Paris. C’est maintenant un square
Petite Roquette
Deux établissements pénitentiaires, la Petite et la Grande Roquette, ont été inaugurés en 1836 dans le 11e arrondissement de Paris. Le projet était né en 1826 et la construction de la première avait été confiée à l’architecte Louis-Hippolyte Le Bas.
Ce dernier adopte un plan hexagonal inspiré du panoptique de Jeremy Bentham. Par ce schéma innovant, l’établissement fait figure de prison modèle et s’inscrit dans un courant de pensée tendant à faire de la détention un temps propice à la pénitence et à la rédemption. La figure géométrique détermine six quartiers reliés par des couloirs en rayon à une tour centrale qui facilite la surveillance et abrite la chapelle. Chaque angle reçoit une tourelle.
L’établissement compte cinq cents cellules de sept mètres carrés, éclairées d’une fenêtre cadenassée, non chauffées et pourvues d’un mobilier sommaire.
Lors de l’ouverture, la prison accueille des mineurs, autrefois incarcérés aux Madelonnettes et à Sainte-Pélagie, au contact des condamnés de droit commun auxquels ils servaient de domestiques. La Petite Roquette devient ainsi la « maison des jeunes détenus ».
La vie quotidienne s’organise entre les travaux collectifs en journée et la cellule individuelle la nuit, selon un modèle mis en place à la prison d’Auburn, aux États-Unis. Mais les problèmes de discipline conduisent à y renoncer à la faveur d’un maintien en cellule jour et nuit.
La Petite Roquette n’est pas seulement un lieu de détention, elle constitue également une sorte d’attraction pour les Parisiens qui la visitent, observent les détenus qui, eux, ne peuvent pas les voir.
Si l’objectif premier de la détention des enfants était l’éducation correctionnelle, les circulaires ministérielles et une enquête parlementaire, dans les années 1864-1865, ne peuvent que conclure à un échec.
Plus encore, l’incarcération de ceux qui, abandonnés par leurs parents, sont réduits à survivre grâce à la charité des passants, est de plus en plus interrogée, comme le démontre le rapport d’Anatole Corne, publié en 1864 sous le titre La Petite Roquette. Étude sur l’éducation correctionnelle des jeunes détenus du département de la Seine. On y apprend que les enfants ont pour la plupart moins de douze ans, et le plus jeune six ans seulement.
Pour l’essentiel, ils se sont rendus coupables de mendicité et de vagabondage. S’il ne s’agit pas à ce stade de renoncer à la maison de redressement, du moins le rapporteur souligne-t-il que le grand air serait bénéfique à la fortification des enfants et que l’intérêt qui leur serait porté les aiderait dans un cheminement moral.
Il se soucie également de l’éducation des jeunes détenus, jusqu’alors assurée en grande partie par le greffier et les geôliers, et souligne encore que le travail accompli (polissage ou tournage de boutons de cuivre, confection de clous, notamment) n’est ni formateur ni rémunéré, contrairement aux tâches confiées aux adultes. Le pouvoir est saisi du problème.
En juin 1865, l’impératrice Eugénie se rend en visite à la Petite Roquette et le 7 août, le système d’isolement individuel total est abandonné.
Dans ce contexte d’amélioration des conditions carcérales pour les mineurs, à partir de 1880, une série de concerts est organisée sous la houlette des frères Lionnet, compositeurs et paroliers. Les enfants y assistent dans la chapelle qui sert également d’école, pourvue d’alvéoles qui ne leur permettent pas de se voir. Le divertissement dure trois heures.
Le Bulletin de la Société générale des prisons de 1891 s’en fait l’écho, l’auteur de l’article souligne toutefois que des promenades en plein air ou l’adoucissement du traitement pour bonne conduite pourraient être bien plus efficaces.
En 1929, le journaliste Henri Danjou visite à son tour la Petite Roquette et dresse dans le magazine Détective le tableau de « la bastille des enfants maudits ». Quand ils y entrent, on leur fournit un uniforme qui gomme jusqu’à leur identité. Comme les rapporteurs du XIXe siècle, Danjou considère que ceux qui se trouvent là ont été poussés à de menus larcins par le milieu qui les a vus naître.
Il rend compte du quotidien des prisonniers qui se lèvent à 6 heures et sont affectés à diverses tâches manuelles comme la confection de filets à provisions, de chaînes, de fleurs artificielles, etc. Elles sont rémunérées, bien que faiblement. Une récréation a été mise en place, prise par quartier, les jeux devant se faire dans le silence absolu.
Ceux qui transgressent les règles sont mis au pain sec, à la privation de correspondance, de cantine, de parloir ou au cachot, dans la pénombre voire dans le noir complet. Les seules activités qui les éloignent de la cellule sont les rares jours d’école, les passages au tribunal et la messe.
La visite du journaliste intervient peu de temps avant que la prison soit affectée aux femmes, transférées de Saint-Lazare.
Durant la guerre, plusieurs centaines de résistantes y sont incarcérées. La prison ferme définitivement ses portes en 1973, les cellules n’ont toujours ni chauffage, ni eau courante, ni toilettes.
Les occupantes sont à nouveau transférées, à Fleury-Mérogis cette fois. Les bâtiments sont démolis en 1974. Il n’en subsiste que le portail flanqué des guérites des gardiens, qui marque désormais l’accès à un jardin public.
Frédéric Manfrin – Chloé Perrot. Recueil « Fantômes de Pierre » Ed. BNF
Coucou Michel, j’ai connu, cela ne me rajeunit pas. Amicalement. Bonne soirée. MTH
Oui effectivement Marie, cela ne nous rajeunit pas — étant de la même classe — et ayant habité 58 ans en région parisienne, connu les fossés des fortifications de Paris, Porte d’Italie, il restait la guérite de la douane–péage pour entrer dans Paris, et même une de mes tantes qui tenaient un magasin vendant toutes sortes de choses à commencer par la lingerie féminine et quelques meubles d’appoint, éclairait son commerce avec des lanternes au gaz jusque dans les années 60 65, Avant de passer au tube néon une avancée technologique permettant surtout de voir plus clair dans les magasins. Un autre temps, une autre époque…