La résistible normalisation du RN 

Y a-t-il encore des choses à écrire sur le principal parti d’extrême droite en France ?

Un ouvrage collectif, « Sociologie politique du Rassemblement national », prouve que oui, en examinant « par le bas » ses logiques d’attraction, de recrutement et d’organisation.

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C’est sans doute dans le chapitre de Félicien Faury que la description la plus pertinente de la situation contemporaine du RN est proposée. « Entre le registre de la déviance et celui de la normalisation, écrit le chercheur, il devient possible de caractériser ce parti comme une entreprise politique clivante : parler de clivage permet ici d’appréhender au mieux le fait que ce parti est parfois soutenu et parfois stigmatisé, et que les lieux et les milieux qui lui sont favorables ou hostiles ne se distribuent pas au hasard. »

Dans son enquête, qui a pour cadre une commune urbaine du sud de la France, il repère ainsi les « groupements sociaux privilégiés par le FN » dans sa propagande : les professions liées à l’ordre et à la sécurité, les petits indépendants, les milieux catholiques, les rapatriés d’Algérie…

Des constats cohérents avec l’importance, repérée dans d’autres contributions, d’un héritage familial de droite anti-gaulliste pour expliquer certains engagements militants au RN. Ou encore avec la façon dont le discours autoritaire, méritocratique et ethnocentrique du parti vient donner du sens aux expériences vécues par des personnes de milieux populaires, ayant parfois connu des « trajectoires sociales heurtées » mais soucieuses de respectabilité et d’intégration sociale. 

Ce dernier aspect constitue au passage un résultat important du livre, qui s’ajoute aux préventions que l’on pouvait déjà avoir quant aux explications du vote RN par un ressort essentiellement « social », avancées notamment par Julia Cagé et Thomas Piketty.

Les enquêtes par sondages ne sont donc pas les seules à raconter une histoire plus complexe. En fait, le contexte socioéconomique aide le RN à activer des attitudes « altérophobes » qui colorent la vision du monde et guident les comportements électoraux des personnes exposées à son discours.

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  • Un décalage entre le succès et la structuration du RN

[…] … le livre signale que le parti lui-même reste inégalement voire pauvrement développé. Félicien Faury va jusqu’à parler d’« institution faible », en rappelant que « l’entreprise partisane frontiste semble toujours en manque d’adhérent·es mobilisables ». Il rejoint les remarques de Patrick Lehingue en fin de volume, selon qui le « succès » indubitable du parti lepéniste doit s’expliquer autrement que par « la manière dont ce mouvement se structure et s’organise ».

La phrase est sans doute un peu trop lapidaire. Des exemples étrangers illustrent que l’existence d’une demande de politiques d’extrême droite ne se traduit pas automatiquement en suffrages pour cette famille politique. Il reste que Patrick Lehingue a raison de souligner que le RN ne peut s’étudier qu’au regard des autres entreprises partisanes avec lesquelles il est en compétition. Soit en raison de ce qu’elles font – comme légitimer les thèmes de l’extrême droite –, soit en raison de ce qu’elles ne font pas. 

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Bien d’autres aspects du RN sont couverts par l’ouvrage, notamment ses liens avec la mouvance identitaire, ou la manière dont est assurée la promotion des « transfuges » d’autres partis. L’ensemble forme un riche kaléidoscope des pratiques abritées sous le nom de « Rassemblement national », au détriment peut-être d’une montée en généralité sur ce qui fait leur unité. C’est la contrepartie d’analyses qualitatives à petite échelle : elles ont l’avantage de restituer une complexité sociale obscurcie par de grands agrégats statistiques, mais leur « représentativité » est toujours à prendre avec précaution. 

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Fabien Escalona Mediapart (courts extraits)


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