Chutes au cinoche…

Oh, on l’aime, notre cinéma français, ce bel ambianceur des fêtes de fin d’année.

Que serait-on devenu au passage de l’an neuf sans la saga de la chute de Depardieu, héros de tribunes et de contre-tribunes, un présumé innocent avec une bonne tête de coupable, un monstre sacré qui n’est plus que nouveau monstre, un mis en examen pour viols et agressions sexuelles ? Désacralisé, le Gégé.

On l’aime, notre cinéma, qui, après Depardieu, nous offre Delon dans « Match » et partout ailleurs. La star n’est plus qu’un vieil homme sous emprise, en mal de discernement, selon les termes des experts, que se disputent sa fille, Anouchka, et ses fils, Anthony et Alain-Fabien.

La préférée et les mal-aimés.

La première va au 20 heures de TF1 dire qu’elle n’apprécie pas l’affichage des affaires de famille, elle n’est pas là pour capter l’héritage à elle seule. Son frère Alain-Fabien lui répond en postant sur Instagram une conversation téléphonique d’elle avec son père. Le piège se referme, 300 millions à hériter sur fond de jalousies fratricides, on tient là un bon téléfilm.

On se croirait chez Johnny Hallyday, acteur fétiche de Godard. « Quand j’entends le mot « culture », je sors mon carnet de chèques », disait le Suisse. Le carnet de chèques est la cause de tout.

Rima Abdul-Malak avait reproché à Justine Triet, palme d’or à Cannes, d’être bien peu « reconnaissante » vis-à-vis du gouvernement français, après avoir critiqué sa réforme des retraites. Comme si c’était la ministre de la Culture qui finançait le cinéma français, et non les spectateurs. Basse vengeance macroniste, le film « Anatomie d’une chute » n’a pas été retenu pour représenter officiellement la France aux Oscars.

Le Président a le bras long, mais pas jusqu’aux Golden Globes, qui, aux États-Unis, viennent de couronner la réalisatrice française. Deux récompenses à Hollywood, dont celle du meilleur scénario, excusez du peu. Macron a été obligé de se fendre d’un message de félicitations, lui qui n’avait pas eu un mot après la palme cannoise.

Vous avez dit anatomie d’une chute ?

On l’aime, notre cinéma…


Article signé des initiales J.-M. Th. Le Canard enchaîné. 10/01/2024


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