Au revoir, AT’TAL’ heure

« La politique, c’est dur », dit Elisabeth Borne, qui en a plus souvent qu’à son tour enduré les brutalités.

La dernière en date, après avoir été contrainte à présenter sa démission, est dans la vague d’hommages qu’elle a essuyés. Émanant de ses ex-ministres comme de Macron, et même de plusieurs de ses opposants, un flot si élogieux qu’on aurait dit une nécrologie. Ou un de ces discours de cimetière où la personne enterrée est forcément plus grande morte que vivante.

C’est aussi que la partante, donnée restante juste avant d’être remerciée, aura jusque dans sa sortie été malmenée par Macron, qui était allé la chercher et l’a éconduite après l’avoir reconduite.

« La politique, c’est dur », mais Borne, venue de la société civile et déjà réputée assez dure elle-même, s’y est également beaucoup endurcie. En avalant, tout au long des vingt mois pas faciles du début de ce second quinquennat macronien, des couleuvres en série et en usant à tout-va du passage en force parlementaire qu’est le 49.3.

Mais endurcie aussi en encaissant de la Macronie plus fréquemment les sarcasmes que les compliments dans une âpre et interminable bataille pour la réforme des retraites. Endurcie plus encore, elle venue de la gauche, en s’échinant à faire passer une loi Immigration que l’extrême droite s’est empressée de voter.

Endurcie, enfin, dans ses rapports avec Macron, son patron, qui, avant de devenir exécrables, n’ont jamais été empreints de cordialité. La mission a été dure, le climat l’était aussi. « Mission accomplie », et par ici la sortie. Jusqu’au bout, même si la fin a semblé chaotique, voire hésitante, de la part de Macron, qui l’a fait durer, la dureté aura perduré.

Avec Gabriel Attal, changement de style. Le jeune impétrant de 34 ans est, on le sait, beaucoup plus communicant. Et aura, lui, avec Macron, dont il est un fidèle de la première heure et auquel il doit sa fulgurante progression, plus d’empathie que celle à laquelle il succède à Matignon.

Changement aussi de gouvernement, car un changement de Premier ministre est plus qu’un simple remaniement. Pour le changement de programme, il faudra voir avec le « rendez-vous à la nation », dont Macron, lors de ses vœux, s’est gargarisé sans en donner la date ni les modalités. Il entend, avec cette nomination, relancer son second mandat, mal engagé, mais n’a pas encore dit comment. Quant au job à Matignon, les modalités restent inchangées : c’est le Président qui décide et le Premier ministre qui va au charbon.

De Borne à Attal, le contexte n’a pas bougé.

À commencer par le problème irrésolu de la Macronie, celui de sa majorité non absolue qui l’oblige à toutes les contorsions. Celui aussi qui, pour les mêmes raisons qu’à l’époque Borne, pousse à l’usage à répétition du 49.3 et aux marchandages au prix fort avec LR. Et à ferrailler avec La France insoumise, qui, avant même que le nouveau locataire de Matignon soit nommé, le menaçait déjà d’une motion de censure, ce qui laisse augurer une grosse ambiance à l’Assemblée.

A cela et à une marge de manœuvre étriquée s’ajoute bien sûr la perspective d’élections européennes loin, très loin, d’être gagnées d’avance. Certes, Attal a été choisi comme l’opposant le plus adé­quat à Bardella. Pour autant, le risque sérieux de voir le RN triompher n’est pas encore écarté. Une claque qui, si elle advenait, entraînerait évidemment, pour la suite du quinquennat, un autre et plus difficile remaniement.

« La politique, c’est dur », effectivement !


Éditorial d’Erik Emptaz. Le Canard enchaîné. 10/01/2024


5 réflexions sur “Au revoir, AT’TAL’ heure

  1. bernarddominik 12/01/2024 / 17h16

    Macron se fait des illusions s’il croit qu’après le blanc-bec Macron les français vont voter pour le blanc-bec Attal. En plus les maladresses font légion Dati à la culture ça fait rire, son compagnon aux affaires étrangères ça fait affaire de famille. La manière cavalière d’évincer Borne laissera l’impression de fait du prince. Macron prépare la place pour Marine Le Pen.

    • Tatchou92 12/01/2024 / 18h37

      « Aux Armes Citoyens » ! Tatchou 92

  2. Tatchou92 12/01/2024 / 18h32

    Bonne année à tous les Amis.
    Merci Michel pour ce texte…
    « Aux armes Citoyens ».
    Tatchou 92.

  3. christinenovalarue 12/01/2024 / 21h12

    La politique, c’est surtout dur pour les citoyens qui la subissent, Madame Borne, na !

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