Attaque de drôle

Faites l’humour, pas la guerre…

… une fois n’est pas coutume, pour célébrer le numéro 600 [Revue Vigousse-Suisse], évoquons un plaisantin qui étrille la sottise en éclairant utilement les choses sérieuses, en l’occurrence la situation à Gaza.

Comme quoi la satire peut enrichir l’information ajuste pitre.

Britannique naturalisé états-unien, John Oliver est un comique malin. Dans son émission Last Week Tonight sur la chaîne HBO (disponible sur YouTube, in english évidemment), il se frotte à des sujets d’actualité parfois complexes, voire sensibles, qu’il triture avec une férocité hilare.

Sa recette ?

De l’information solide et documentée, mijotée dans un mélange de recul critique, de pur bon sens et de dérision, le tout pimenté à l’insolence et parfois à l’indignation Un menu survitaminé qui se révèle souvent plus sain et plus consistant que les péroraisons des gens dits sérieux : politicards, experts ou journalistes Si carrément.

Ainsi l’histrion a-t-il consacre, le 17 novembre 2023, sa demi-heure de monologue illustre à la guerre entre Israël et le Hamas. Pour un « comedy show », aux États-Unis qui plus est, c’est osé.

 Mais c’est surtout salutaire : alors que tant de partisans d’un camp ou de l’autre débitent des énormités et que les agressions contre les musulmans et les juifs se multiplient. il n’est pas superflu de remettre les pendules à l’heure, fût-ce en mode bouffon. « Il y a 1000 raisons pour lesquelles il est difficile d’en parler, mais il semble important d’au moins essayer », annonce Oliver en préambule.

Les enfants n’ont pas voté pour le Hamas

D’abord le rappel des faits : l’attaque brutale du Hamas le 7 octobre 2023 a fait un millier de tués, civils pour la plupart, femmes et enfants compris, auxquels s’ajoutent plus de 200 otages, dont un bébé de neuf mois. « C’est infâme et révoltant ».

Depuis, Israël assiège Gaza qu’elle écrase sous les bombes après avoir presque entièrement coupé l’eau, les vivres, l’électricité et le carburant, tuant au moins 11.000 personnes dont 4.000 gosses (bilan provisoire au 17/11/2023). « C’est effroyable et ça brise le cœur ».

Rien de neuf, c’est entendu, mais les éclairages suivent et ça fait du bien.

Aux élus états-uniens furieusement pro-Israéliens serinant que la population civile de Gaza n’est pas innocente puisqu’elle a élu le Hamas, l’humoriste assène que ce genre de propos « n’est pas seulement répugnant », il est d’une stupidité abyssale.

Oui, les Gazaouis ont élu le Hamas, en 2006. Il n’y a pas eu d’élection depuis lors. Sachant que la moitié de la population actuelle est mineure, les gamins sont-ils complices d’un suffrage exprimé avant leur naissance ?

Par ailleurs, ladite élection n’avait pas donné de majorité au Hamas, qui n’avait battu le Fatah miné par la corruption que grâce à la dispersion des votes. De plus, preuves en images à l’appui, le Hamas d’alors se présentait comme modéré, partisan de la démocratie et de la liberté. Puis il a trahi ses promesses et a instauré un régime autoritaire : plus d’élections, des arrestations arbitraires et de la torture pour les Gazaouis jugés rétifs à sa ligne, le tout dénoncé par Amnesty International.

En réalité, la population de Gaza est majoritairement contre le Hamas. Des manifestants l’ont clamé en slogans bien sentis en juillet dernier, et un sondage réalisé peu avant le 7 octobre a révélé que 73% des gens désiraient la paix avec Israël. Mais même si tous les Gazaouis supportaient le Hamas, ce qui est très faux, leur bombardement acharné par Israël resterait intolérable : « La punition collective est un crime de guerre ! » Ça va mieux en le disant, même dans un programme humoristique.

Les Israéliens détestent Netanyahou

De même John Oliver pulvérise-t-il l’idée d’un peuple israélien en phase avec ses dirigeants.

Il rappelle que durant 40 semaines, des centaines de milliers de gens ont manifesté contre Netanyahou, et que selon un sondage daté du 3 novembre 2023, 76% des Israéliens veulent qu’il dégage.

Une vidéo virale montre, dans un hôpital dans lequel sont soignés des victimes de l’attaque du Hamas, une ministre de Netanyahou se faire copieusement insulter par une proche d’un blessé, puis expulser comme une malpropre par un membre du personnel médical : « Vous êtes responsable de tout ça, vous empêchez ce pays d’avancer, vous et votre gouvernement avez détruit ce pays, foutez le camp ! » lui crient-ils pendant qu’elle bat piteusement en retraite.

John Oliver récapitule encore les multiples efforts de Netanyahou contre la paix, de son rôle au minimum indirect dans l’assassinat d’Yitzhak Rabin en 1995 aux enragés fascistes aujourd’hui enrôlés dans son cabinet, en passant par le cynisme d’avoir arrosé financièrement le Hamas, en l’exploitant comme un « atout » déclaré pour délégitimer toute idée d’État palestinien. Édifiant.

Bref : en 30 minutes désopilantes, grinçantes et tragiques, un amuseur télévisuel rétablit la vérité évidente contre la connerie et l’hypocrisie ambiantes.

Palestiniens et Israéliens sont loin d’être complices de leurs dirigeants, qui les ont largement trahis. Et « il doit être possible de comprendre la douleur d’une communauté sans dénier celle de l’autre », tout simplement

Moralité : dans un monde de fous, l’humour et la satire semblent bien constituer les garants de la raison.


Laurent Flutsch. Revue Vigousse (Suisse) 17/11/2023


Au travers de plusieurs infos, provenant de pays et de lignes éditorialistes différentes ; il s’avère que la responsabilité de ce conflit, proviendrait de l’attitude :

  • En priorité des décisions successives et belliqueuses des gouvernements israéliens.
  • En second d’une franche revendicative peu représentative d’un courant islamique s’opposant — certes avec raisons, à cause des « laisser coloniser » des gouvernements israéliens — aux expansions des colonisations d’extrémistes religieux israélites.

Il reste que les civils des deux cotés de ce conflit, trinquent à cause de l’impéritie des gouvernants d’Israël et Gazaoui ET d’intérêts géopolitiques et financiers d’États extérieurs.

MC


Une réflexion sur “Attaque de drôle

  1. bernarddominik 01/12/2023 / 17h47

    Les gazaouis n’aiment pas le Hamas, et pourtant il gouverne Gaza. Les israéliens n’aiment pas Netanyahu et pourtant il gouverne Israël. La vérité c’est que Netanyahu et le Hamas s’entendent très bien car ils ont besoin l’un de l’autre. L’un pour justifier son refus d’un état Palestinien, l’autre pour justifier son existence.

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