Climatosceptiques…

… qui sont les nouveaux mercenaires de l’intox ?

Visage poupin et tresse rousse plaquée sur l’épaule, elle se filme dos à la rivière. Le décor bucolique, verdure en veux-tu en voilà, colle parfaitement au sujet du jour puisque Tatiana Ventôse a décidé de parler d’écologie. Une « vidéo coup de gueule », promet-elle à ses plus de 310 000 abonnés sur YouTube où, avec son compte certifié par la plateforme, elle fait partie des influenceuses politiques les plus populaires. Problème : celle, qui après avoir reçu le Prix éthique de l’association Anticor, en 2018, a viré complotiste, est aussi climatosceptique.

Dans son monologue de quarante minutes intitulé « Réchauffement climatique : la peur pour nous faire accepter la misère », la youtubeuse proche du RN s’en prend au « climato-hystériques », ces « marionnettes » médiatiques qui seraient uniquement là pour nous vendre des produits « éco-friendly » et asservir le peuple. Et que dire du réchauffement climatique alors qu’il y a eu « deux mois où on se les pèle et où on a dû allumer la cheminée jusqu’au 28 avril » ?

Un véritable succès d’audience avec plus de 200 000 vues pour une vidéo sans un gramme de données scientifiques.

Dans les commentaires, on se pâme pourtant devant l’« esprit critique devenu si rare » de cette anti-Greta Thunberg obsessionnelle et on loue son « audace bien justifiée face au politiquement correct du camp dit du bien ».

À l’instar de Tatiana Ventôse, les climatosceptiques ont massivement investi les réseaux sociaux pour y diffuser leurs thèses. […]

L’époque où l’ancien ministre Claude Allègre pouvait répandre son déni sur les chaînes de télévision est révolue. Il n’y a guère que CNews, Sud Radio ou « Valeurs actuelles » pour donner la parole à ces pseudo-experts, non reconnus par la communauté scientifique, tels que le physicien François Gervais, qui estime que « l’urgence climatique est un leurre », ou l’essayiste Christian Gérondeau, auteur du livre « Le CO2 est bon pour la planète » (2017).

Sur X (ex-Twitter), en revanche, on dénombre « 30 % de climatodénialistes parmi les comptes qui abordent les questions climatiques », assure une étude du CNRS, pilotée par le mathématicien en sciences sociales David Chavalarias.

[…]

 « Les climatodénialistes sont majoritairement issus de la mouvance antivax », assure David Chavalarias. Et Daniel Boy, directeur de recherche émérite au Cevipof et spécialiste de l’écologie politique, de compléter : « Traditionnellement, on a toujours observé que le climatoscepticisme était plus fort dans les générations anciennes, notamment dans les enquêtes où les personnes pouvaient exprimer le fait qu’elles pensent avoir toujours connu des désordres climatiques. Mais, sur les réseaux sociaux, il y a un nouveau climatoscepticisme qui va de pair avec le complotisme, dont l’objectif est de diviser les sociétés en faisant croire à des gens naïfs qu’on nous ment. »

En dehors des réseaux sociaux, le climatoscepticisme, sous une forme moins militante et prosélyte, prospère également. Une enquête de la Fondation Jean-Jaurès montre que, si la négation du réchauffement climatique ne progresse pas entre 2019 et 2022 (8 % des sondés), son origine humaine est davantage remise en cause : 22 % en 2019 contre 29 % en 2022. Au total, 37 % des Français « se classent parmi les climatosceptiques », note l’étude.

Les catégories populaires sont les plus frappées : 42 % des « bas revenus » douteraient de l’origine anthropique de la crise climatique (+ 11 % en quatre ans). C’est principalement à l’extrême droite qu’ils trouvent un débouché politique : ils représentent 40 % de l’électorat de Marine Le Pen, 58 % de celui d’Éric Zemmour et 64 % de celui de Nicolas Dupont-Aignan. « À mesure que nous allons vivre le réchauffement climatique, on risque d’avoir une recrudescence du climatoscepticisme, car des formes psychologiques de déni vont se mettre en place », craint Thomas Wagner.

[…]


Emilio Meslet. Source (Extraits)


Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.