« Le service national universel (SNU) est censé construire la résilience de l’unité de la nation et donner les moyens aux jeunes les plus défavorisés de vivre la France de l’intérieur, de construire un commun » (sic).
C’est dans une novlangue toute macronienne que Sarah El Haïry, la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et du Service national universel, a claironné son projet phare, le 22 mars sur Public Sénat. Lancé en 2019, ce dispositif propose essentiellement à tous les ados entre 15 et 17 ans un « séjour de cohésion » gratuit de deux semaines comprenant des activités sportives et culturelles, le tout dans le respect d’un certain nombre de rites républicains (lever des couleurs chaque matin avec chant de « La Marseillaise », etc.).
Tournée générale
Las ! le SNU, en 2022, a suscité moins d’enthousiasme chez les ados qu’un seul concert de Rihanna : seulement 32 000 participants aux séjours de cohésion, contre 50 000 attendus. Macron n’en finit pas de repousser l’annonce d’un SNU obligatoire pour tous les élèves de seconde, même si le projet est bel et bien dans les cartons du ministère de l’Éducation nationale. Mais l’entrée des étudiants dans la mobilisation contre la réforme des retraites refroidit quelque peu les ardeurs du locataire de l’Élysée : est-ce vraiment le moment de mettre la jeunesse au pas ?
En attendant l’arbitrage présidentiel, Sarah El Haïry a concocté la « tournée Expérience SNU » ! Il s’agit d’une « opération terrain au long cours » afin de recruter des jeunes pour les prochains séjours de cohésion, prévus en juin et en juillet. Depuis le 22 mars et jusqu’au 7 juin, un « camion « mascotte » » réalise ainsi un tour de France en 25 étapes. Ce camion va envoyer du lourd, si l’on en croit un document ministériel préparatoire interne auquel le Palmipède a eu accès. Dans chaque ville où l’engin s’arrêtera, un « espace d’accueil modulable entre 450 m² et 1 000 m² » sera installé. Bienvenue au « village SNU », où « une hôtesse d’accueil orientera le jeune dès son arrivée pour un parcours immersif ». Et pourquoi pas un hôte ?
Un barnum offrira d’abord aux adolescents la possibilité de se retrouver autour d’un quiz de culture générale, « avec la présence d’un animateur et plusieurs bornes équipées d’un buzzer ». Voilà qui devrait faire le buzz ! Les visiteurs seront ensuite amenés à prendre une photo souvenir (« façon photo « tapis rouge » »), avant de se diriger vers un « espace convivial » où ils pourront deviser avec les ambassadeurs du SNU autour de « boissons froides ou chaudes et biscuits », et trouveront des « tablettes » pour accéder à la plateforme d’inscription au programme. Le camion ne perd pas le nord !
Et, pour finir, « un espace dynamique et vivant » proposera des jeux comme : « Attache ta cheville à celle de ton partenaire et avancez en harmonie tout au long du parcours ». Ou encore : « Les yeux fermés, fais confiance à ton partenaire et laisse-toi guider sans faire tomber la balle de ping-pong (de la cuillère) » . Qu’est-ce qu’on se marre !
Les participants pourront repartir de leur parcours immersif avec des cadeaux estampillés SNU : un stylo Bic 4 couleurs, un porte-clés, une casquette, des autocollants ainsi que des « patchs réfléchissants et repositionnables ». Si, après une telle « tournée Expérience », les prochains séjours de cohésion n’affichent pas complet, El Haïry n’aura plus qu’à « repositionner » sa carrière !
Clara Bamberger. Le Canard enchaîné. 9/03/2023