La suite et les fins

… C’est le problème de saison à Matignon, comme chez Macron.

La suite, c’est évidemment celle à donner au quinquennat après en avoir fini avec la réforme des retraites. Or ce n’est toujours pas d’actualité. D’abord parce qu’il faut attendre la validation du Conseil constitutionnel ou ses réserves éventuelles. Ensuite parce que l’intersyndicale comme les nombreux opposants au report de l’âge de la retraite à 64 ans, dans les partis ou dans la rue, ne sont en rien disposés à lâcher le sujet.

Elisabeth Borne, dès ce mercredi, va recevoir les syndicats pour tenter, justement, de les faire passer à la suite et procéder de même avec les partis, du moins avec ceux qui accepteront son invitation . Avec les premiers, elle promet d’être « à l’écoute de tous les sujets que les organisations syndicales voudront aborder ». Or les invités répètent vouloir n’en aborder qu’un, celui qui la fâche et dont ni elle ni Macron ne veulent entendre parler : le retrait de la réforme des retraites en question.

Elle essaiera tout de même de changer de sujet avec un futur projet de loi sur l’emploi à discuter « avant l’été ». Mais cette diversion n’est pas assurée. Ce qui risque évidemment d’écourter les entretiens en limitant la conversation.

Parler de la suite après cette fin de non-recevoir ne sera pas simple non plus avec les partis avec lesquels elle est censée « bâtir des majorités ». D’une part parce que, à gauche, seuls Olivier Faure, pour une part du PS (lire p. 2), et Marine Tonde-lier, pour les Verts, ont accepté le rendez-vous et ont prévenu qu’ils aborderaient exclusivement, eux aussi, le retrait des 64 ans.

D’autre part parce que la droite LR qui viendra est divisée plus que fortement quant à un très hypothétique « accord de gouvernement » et que ceux qui se disent « pour » voient en ce cas la suite sans elle mais avec un des leurs à sa place à Matignon. Ce qui limite là encore la conversation. Et complique, bien sûr, les suites. Celle des alliances que Borne doit trouver, celle à laquelle elle entend faire passer ses interlocuteurs, et aussi la sienne, c’est-à-dire son avenir de Première ministre. Lequel, si elle ne trouve ni alliances ni sortie, risque d’être sérieusement compromis.

Pour l’immédiat, c’est après s’être intéressé à la fin que Macron est passé à la suite. Pas la fin de Borne à Matignon, ni la fin de la crise des retraites, dont il laisse sa Première ministre se dépêtrer, mais la fin de vie .

Il a reçu la convention citoyenne qui a rendu son rapport sur le sujet, mais, après le fiasco de la précédente sur le climat, il n’a pas promis, cette fois, de retenir « sans filtre » les propositions. Seulement annoncé que la suite se jouerait au Parlement, avec la rédaction d’un projet de loi « avant l’été » aussi pour un « modèle français de la fin de vie ». Pour le modèle de suite et fin de quinquennat, il faudra patienter.

Pendant que Borne tente de faire plier les syndicats pour trouver la sortie, Macron est en Chine pour tenter d’infléchir Xi Jinping et le faire user de sa proximité avec Poutine afin de trouver une issue à la guerre en Ukraine. Ce n’est pas gagné, ni pour l’une ni pour l’autre, et, dans les deux cas, cela signifie que la fin des ennuis n’est pas pour tout de suite.


Erik Emptaz. Éditorial. Le Canard Enchaîné. 05/04/2023


Une réflexion sur “La suite et les fins

  1. bernarddominik 06/04/2023 / 13h58

    Elisabeth Borne n’a rien à offrir. Et de toute façon avec un deficit des comptes public de proche de 6%, elle n’a aucune marge de manœuvre, la dernière proposition des verts avec un coût de 6 milliards va encore le creuser si elle est adoptée. En se montrant incapable de gérer les comptes publics Macron s’est un peu plus déconsidéré aux yeux des autres responsables européens. La France glisse sur la pente de la banqueroute.

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