Edito. de Riss

La réforme des retraites, qui aurait dû se négocier et se régler autour d’une table, est en train de prendre des proportions démesurées.

La décision attendue du Conseil constitutionnel offrira-t-elle une porte de sortie honorable pour chacun des acteurs de cette crise ? En dernier recours, le référendum d’initiative partagée, s’il aboutit, donnera peut-être une chance de rectifier ce qui a été raté dans cette réforme.

Dans ce genre de conflit, l’ego de chaque camp doit être pris en compte. Celui qui perd ne doit pas se présenter la tête basse devant ses troupes, et celui qui gagne doit en tenir compte pour ne pas créer les conditions d’une rancœur tenace dont les conséquences se paieront un jour ou l’autre. La manière dont un camp triomphe de son adversaire à autant d’importance que la cause pour laquelle il se bat. Or, dans cette réforme des retraites, on peut se poser la question de savoir si le pouvoir actuel avait bien intégré cette donnée. Ce qui aurait dû réunir tout le monde autour de la table et faire consensus s’est transformé en humiliation et rejet réciproque. Le perdant qui n’accepte pas sa défaite peut croire qu’il va effacer sa honte et inverser l’issue du combat, dans une fuite en avant qui se perdra dans la violence et la destruction. Intimider son adversaire à défaut de l’avoir vaincu.

Ce qui aurait dû réunir tout le monde s’est transformé en humiliation

C’est souvent des années après qu’on comprend les tenants et les aboutissants d’une crise. Sur le moment, les enjeux sont tels que personnes ne veut rien céder ni rien admettre. Il faut attendre quelques décennies pour que les acteurs d’une crise passée, libérés du poids de leurs responsabilités et des calculs politiques, fassent leur mea culpa. Anciens Premiers ministres, ministres, présidents de la République ou responsables syndicaux n’avouent le fond de leur pensée que des années plus tard, quand leur ego n’est plus en jeu.

En 2050, quand l’âge de la retraite aura été repoussé à 95 ans – pour une fois de plus sauver le système par répartition -, les acteurs encore vivants de cette crise, avant de passer l’arme à gauche, avoueront devant la caméra d’un jeune reporter ce qu’ils pensent vraiment des événements que nous vivons actuellement. Ce qu’ils avaient réussi, ce qu’ils avaient raté, ce qu’ils regrettent, et ce dont ils sont fiers. Pour le moment, les voitures brûlent, les vitrines sont défoncées, et ça arrange tout le monde car personne ne prend le temps de réfléchir à tout ça.


Edito de RISS. Charlie Hebdo. 29/03/2023


Une réflexion sur “Edito. de Riss

  1. bernarddominik 30/03/2023 / 16h51

    Je peux rassurer Riss les données démographiques ne feront pas repousser l’âge la retraite à 95 ans, mais le vrai problème de la loi Macron c’est qu’elle ne met pas en place un système pérenne de calcul pour résoudre les problèmes financiers de la retraite. Bismarck avait conçu un système plus intelligent et plus pérenne. Quant à taxer la richesse comme le propose la cfdt cela pose le problème des professions libérales et indépendantes qui ont investi dans l’immobilier pour assurer leur retraite. Déjà supprimer les exonérations de charges, taxer le luxe, ne pas donner une prime aux grosses voitures pour les frais professionnels, faire payer les charges sur les voitures de fonction et avantages en nature permettrait de faire rentrer plus d’argent.

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