Le chanteur Magyd Cherfi, ex-membre du groupe Zebda.
Me voilà reparti dans les affres des élections, moi le passionné de politique, assoiffé d’idées gourmandes de fraternité.
Me voilà prêt , « tout ouïe » pour les propositions d’un bonheur à venir, un souffle gorgé de promesses, celles d’un monde meilleur, d’une illusion qu’un jour on sera frères, tous et toutes unies pour donner au futur un je ne sais quoi d’envie de le vivre, prêt pour une raison d’être qui dépasse sa propre existence.
Voici venu le temps des candidats et leur frénésie de miracles sortis d’un chapeau plus grand que la taille du crâne. Voici venu le temps des fans, des aficionados d’élus, armada de crédules qui ont trop envie d’y croire pour ne pas laisser à d’autres le soin d’aduler un héros, si médiocre soit-il. Voici venu ce temps irrésistible où l’espoir d’un monde qui nous serait meilleur nous pousse à céder aux sirènes bavardes.
Et puis il y a l’immensité qui a bouché la moindre issue qui laisserait filtrer le plus faible écho d’une promesse, cette immensité qui a tourné le dos même au plus charismatique orateur, oui beaucoup ont rendu le tablier du labeur, même les restes de neurones susceptibles de traduire le plus farfelu programme se sont éteints.
Beaucoup ne bandent plus que mou devant la promesse révolutionnaire ou ne bandent plus du tout pour le plus raisonnable candidat, la plus humble postulante. C’est le Waterloo des urnes. Les discours les plus haineux, les provocations les plus invraisemblables laissent de marbre, les programmes les plus nuancés, les idées les plus sages n’impriment que les flyers distribués le dimanche et qui aussitôt saisis sont jetés dans le caniveau. On ne veut même pas savoir d’où vient la missive et qui en est l’auteur. C’est non juste à l’idée d’être interpellé. Foutez-nous la paix, semble soupirer la foule.
On en est là, les messies jonchent les trottoirs la langue coupée. Ouvrir sa bouche c’est prendre le risque de désespérer un peu plus son vis-à-vis, la masse est contre tout, contre rien, contre elle-même. Elle chuchote loin des isoloirs.
Allons main dans la main nous jeter depuis la falaise, donnons-nous la mort car elle seule tient sa promesse funeste. Et des poignées de têtes cramées le font, des fois qu’il y aurait pour eux dans l’au-delà des vierges au nombre de soixante-dix, pour d’autres encore une espèce de paradis sans Noirs ni Arabes n’est pas à exclure. Oui ! un au-delà qui conviendrait à chacun, un au-delà constitué non pas d’un ! mais de mille paradis correspondant aux desiderata de chacun.
Un paradis fiscal total pour les nantis, un paradis exclusivement d’hétéros pour les connards, un paradis sans viande ou au contraire aux vastes contrées traversées d’interminables troupeaux. Des paradis sans ambiguïté, plombés de certitudes.
Enfin ! plus de place au doute, le doute des autres bien sûr car il ne s’agit pas de douter de soi. Moi je suis à égale distance du désespéré et de celui qui espère le minimum. Ma gauche m’a coupé les jambes pour n’avoir pas su être elle-même, j’attendais d’elle qu’elle amorce un nouveau récit français, qu’elle raconte un futur dans lequel les miens trouveraient une place, j’attendais qu’elle arc-boute une France vraiment universelle et donc pas blanche, quelque chose du dépassement de sa propre histoire, quitte à perdre à défaut de son âme toutes les élections.
Télérama. Source
Seul le PCF n’a pas trahi les siens, son seul tort, c’est d’avoir cru que l’unité à elle seule ferait la masse nécessaire à la prise de pouvoir en se plaçant sous l’aile de Jean-Luc Mélenchon.
Quelle erreur, son programme n’est pas le nôtre même si certaines de ses propositions rejoignent les nôtres. Nous ne sommes pas ennemis, mais différents, la sociale démocratie a trahi et il faut en tirer les leçons.
Ce n’est pas un candidat que nous mettons en avant, c’est un programme et Fabien Roussel en est le porteur et ce sont ses électeurs qui le mettront en œuvre.
Cette dynamique est nécessaire pour en finir avec cette république du fric.
Aux électeurs de s’informer et de choisir.