Médias : Sévère diagnostic

« Parfois quand je me lève le matin, je me dis que j’ai fait une erreur de quitter CNews. Puis je regarde la chaîne cinq minutes, et j’en conclus que j’ai eu bien raison… »

Aujourd’hui en recherche d’emploi, cette ancienne journaliste (elle a requis l’anonymat) de la chaîne info de Canal+, partie quelques mois auparavant, dresse un diagnostic sévère de l’ex-i>Télé.

« Il n’y a quasiment plus de sujets et de reportages, c’est devenu la chaîne du « débat permanent », et plutôt orienté à l’extrême droite ».

En 2016, une grève historique d’un mois contre l’arrivée de Jean-Marc Morandini à l’antenne (il y est toujours) avait débouché sur le départ de la moitié de la rédaction. Depuis, des personnalités plus réactionnaires les unes que les autres se bousculent sur les plateaux (notamment celui de Pascal Praud) comme Eugénie Bastié (Le Figaro), Élisabeth Lévy (Causeur), Jean-Claude Dassier (Valeurs actuelles), ou Ivan Rioufol (dernier dérapage du journaliste du Figaro, le 3 février : « Quand le ghetto de Varsovie a été créé, en 1940, c’était un lieu hygiéniste, qui était fait pour préserver du typhus »).

L’ultranationaliste québécois Mathieu Bock-Côté est venu compenser le départ de la vedette Éric Zemmour (condamné trois fois, rappelons-le, pour provocation à la haine) pour cause de campagne présidentielle.

Pas grave, le candidat d’extrême droite rebondit sur l’autre chaîne maison, C8. Selon une étude publiée par la chercheuse au CNRS Claire Sécail, il a trusté… 45 % du temps d’antenne consacré aux candidats à la présidentielle de septembre à décembre 2021 dans TPMP, le grand bazar quotidien de Cyril Hanouna, contre moitié moins à Emmanuel Macron (22,5 %), les autres devant se contenter des miettes (Le Pen 7%, Hidalgo 3 %, Ciotti 2 %, Jadot 1,3 %, Mélenchon 1,2 %, quant aux « Roussel, Poutou, Arthaud », 0% pour ne pas dire moins X %).

À Europe 1, les chiffres ne sont pas encore connus, mais Vincent Bolloré se donne du mal. Au gré de sa prise de contrôle de Lagardère, enclenchée dix-huit mois auparavant, il n’a eu de cesse de rapprocher CNews et la radio de Salut les co­pains.

Un ancien chroniqueur d’Éric Zemmour, dans Face à l’info, Dimitri Pavlenko, a été installé à la matinale. Où l’inévitable Mathieu Bock-Côté dispose désormais d’une « carte blanche » à 8 h 30…

Le chef du service politique, Louis de Raguenel, vient de l’hebdo d’extrême droite Valeurs actuelles. Celui du service économique, Emmanuel Duteil, a annoncé son départ.

Quant à Sonia Mabrouk, l’intervieweuse aux penchants réac, elle était déjà là. Une mise au pas réalisée avec une méthode étrennée à i>Télé : brutale. « Vincent Bolloré est un industriel qui voit les journalistes comme des salariés à ses ordres, et c’est tout », résume un journaliste de la radio.

Mais cette Europe 1 à la sauce Bollo peine à convaincre les auditeurs : les audiences poursuivent leur chute vertigineuse, reléguant la station toujours plus loin parmi les généralistes.

Quant au vaisseau amiral, Canal+, il y a plus d’un lustre que l’indépendance éditoriale et l’irrévérence ne font plus partie de son ADN.


Richard Sénéchoux. Télérama. N° 3762 – 16/02/2022


2 réflexions sur “Médias : Sévère diagnostic

  1. bernarddominik 19/02/2022 / 18h50

    Triste réalité. A quand une loi imposant des limites rationnelles au nombre de médias contrôlés par un seul homme?

  2. Danielle ROLLAT 19/02/2022 / 21h09

    « Qui trop embrasse, mal étreint » ou « avoir les yeux plus gros que le ventre »… et à genoux esclaves !………Vive le service public !

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