Vous êtes un jeune journaliste pigiste à la recherche d’un sujet vendeur à placer ?
Sans hésiter, choisissez la prostitution des mineurs ou les adolescents transgenres. En ce moment, il n’y a pas plus « hype ». Il se passe rarement une semaine sans que l’on lise, ici ou là, un reportage ou une enquête sur l’un ou l’autre de ces deux nouveaux phénomènes de société.
Bien sûr, si vous êtes plus à l’aise dans le récit choc, le drame humain, les existences fracassées, privilégiez le premier, le second relevant plus du cahier « tendances ». D’autant que vous serez porté par l’actualité, puisque le gouvernement, par la voix d’Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de l’Enfance et des Familles, a annoncé tout récemment la mise en place d’un grand plan de lutte contre la prostitution des mineurs, qui a connu un bond spectaculaire avec le Covid et les confinements – logique : elle s’exerce majoritairement sur Internet et les réseaux sociaux.
Une chose frappe à la lecture de ces enquêtes et reportages : ils décrivent une réalité sordide faite de violences, de fractures psychologiques, de manipulations, de traumatismes, d’engrenages cauchemardesques, d’emprise, ils racontent les viols, les coups reçus, la dissociation, les proxénètes, les « clients » invariablement dans l’angle mort, le plus souvent intouchables – les pages qu’a consacrées Libération au sujet dans son édition du 26 janvier 2022 sont à ce titre édifiantes, avec le témoignage de cette jeune fille de 16 ans qui attend impatiemment la sortie de prison de son « amoureux », qui a deux fois son âge et qui la cogne régulièrement…
Bref, à l’exception de la détresse des parents confrontés aux fugues à répétition et de l’impuissance des acteurs sociaux liés à la protection de l’enfance, ils décrivent, tout simplement, la réalité de la prostitution. Point.
Réalité qui prend pourtant une tout autre coloration dès lors que l’on parle de la situation des prostituées majeures. Tout à coup entrent en jeu les « travailleuses du sexe », l’autodétermination, l’émancipation et autres éléments de langage de la com militante.
Certes, quand on est adulte, on fait ce qu’on veut de son corps et de sa vie. Mais on aimerait bien savoir par quel tour de passe-passe journalistique une vie de merde peut devenir le summum de l’« empowerment » du jour au lendemain.
À 17 ans, on est une victime; à 18, une femme libérée, sans que rien, absolument rien n’ait changé au quotidien…
Ce refus têtu de prendre du recul, de s’éloigner un tant soit peu du storytelling bien huilé fourni clés en main par des militants aguerris, on le retrouve justement dans l’autre sujet top du moment : les ados transgenres. Là, au contraire de la prostitution des mineurs, pas question de provoquer le moindre malaise chez le lecteur, surtout si l’on évolue dans la catégorie « journalisme progressiste » : il ne faudrait pas que l’on soit accusé de transphobie.
Donc, on ne dévie que très rarement de l’axiome « Si tu n’as pas changé de sexe à 12 ans, c’est que tu as raté ta vie ». On ne parle que d’adolescents mal dans leur peau et traversés d’interrogations – soit 99,99% des adolescents – qui, grâce à la « transition », retrouvent enfin l’équilibre, le bon corps et la bonne identité.
Il est indispensable de reconnaître les souffrances des personnes transgenres, de dénoncer le harcèlement, notamment scolaire, dont elles peuvent être victimes, d’entendre leur parole et de ne pas systématiquement la mettre en doute. Mais cela n’exclut pas de s’interroger sur la pertinence d’administrer des inhibiteurs de puberté et des traitements hormonaux dès la prime adolescence, par exemple.
Surtout, cela ne justifie pas qu’on fasse de leur expérience individuelle un marqueur sociétal et un must de « coolitude ». Les militants font leur job de militants. Mais on n’est pas obligé de recopier au mot près leurs communiqués de Presse.
Gérard Biard – Charlie Hebdo – 02/02/2022
Je partage cette analyse. Ces reportages sont plus des « shows » pour justifier les militantismes bien wokistes.
Maintenant où est l’analyse sociologique, la chronique pour expliquer les évolutions ?
En effet un autre problème apparaît. Ces jeunes sont-ils près a vraiment prendre conscience?
Utilisés comme symbole woke, pour autant ils ne sont le reflet de problématiques plus complexes: l’éducation défaillante, la perte des valeurs qui structurent les imaginaires et les sociétés, les d’implications autour des sujets traités: le choix sexuel, la prostitution…
Les questions de fond ne sont pas abordées…
Bonjour Jean et merci pour ce commentaire… et les questions en découlant.
N’étant nullement sociologue, justes parents d’enfants et de petits-enfants, me contentant d’observer les questionnements de la société actuelle, je me garderai bien de porter un jugement ayant valeur universelle sur ces problèmes. Cela ne m’empêche nullement d’avoir mes idées.
Je suis d’accord sur la réflexion portée envers les journalistes, leurs articles (à de rares exceptions) sont destinés à décrire sans jamais s’engager à proposer des solutions, à rechercher/décrire les « causes » réelles l’ayant produit.
Cordialement,
Michel
C’est certainement plus accrocheur que de s’interroger sur le quotidien des familles au chômage, en impayé de loyer, menacées d’expulsion, avec jeunes qui font des conneries, et alcoolisme familial, ou de tous ces jeunes virés de leurs familles, qui font la manche, vivent dehors, traficotent.. j’allais évoquer les PA en EHPAD et le nombre de personnes qui y sont décédées victimes du COVID… des milliers de places vacantes à ce jour, dans les groupes sous pression du scandale de la maltraitance aujourd’hui ??
La préférence sexuelle ne relève pas d’une volonté personnelle, mais d’un état.
Faciliter le passage d’un état apparent à un état réel est le défi physique et psychologique qui appartient à la médecine pour aider le sujet.
Pas de remède unique, chaque individu est un cas propre et la délicatesse des soignants alliée à leur science assiste de façon précieuse chaque sujet.
En faire un sujet de spectacle est une honte médiatique.