Reprendre du poil de la bête.

Expression… mais attendez avant de répondre…

Expression remarquable, qui de nos jours est comprise comme une marque de vitalité animale dans la santé reconquise, visible au lustre du poil et à la bonne mine du convalescent — « Oh ! mais je vois que vous avez repris du poil de la bête ! »…

Ce n’est pas exactement son sens véritable. Cette façon de parler constitue l’héritage d’une ancienne croyance qui remonte aux Romains, selon laquelle il fallait poser sur la plaie un poil du chien qui vous avait mordu.

Autrement dit, guérir le mal par le mal.

On disait autrefois « Aller au poil du chien » ou « retourner à la bête » : refaire ce qui nous a blessé ou provoqué du désagrément.

Les Anglais, restés près de la tradition antique, disent : take a pair of the same dog that bit you (prenez un poil du chien qui vous a mordu), et l’appliquent volontiers au remède bien connu qui consiste à avaler un verre d’alcool le lendemain d’une cuite pour chasser la gueule de bois.

C’est dans ce sens que l’expression était également employée chez nous, comme l’explique Furetière en d’autres termes : « On dit aussi à celui qui a mal à la tête le lendemain qu’il a fait là débauche, qu’il faut reprendre du poil de la bête, faut recommencer à boire. »

Le dicton était en usage dès le XVe siècle :

Il fault retourner aux bons vins

Comme à la beste

Qui vous a mis ces tintouins

Et ce mal dans la teste. (Basselin.)

Plus tard Rabelais faisait lui aussi l’amalgame de la morsure et du flacon dans cette sentence célèbre :

  • Remède contre la soif ?
  • Il est contraire à celluy qui est contre la morsure de chien : courrez toujours après le chien, jamais ne vous mordera; bevez tousjours avant la soif, et jamais ne vous adviendra.

Claude Duneton – « La puce à l’oreille »


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