Si…

Oui, nous sommes conscient qu’avec des « si » il est possible de tout envisager, alors prenons la chose autrement la/les société·s qui vend (vendent) ce logiciel d’espionnage tous azimuts à l’Égypte ne peuvent le faire qu’avec l’aval de la France.

Certes la surveillance a toujours existé, mais elle était sectorisée et pas facilement « centralisable » selon la provenance, alors qu’apparemment, ce logiciel globalise tous les renseignements sur les personnes espionnées. MC


Comment Paris arme l’Égypte dans sa guerre numérique

Pour les vente d’armes, l’Égypte fait partie des principaux clients de la France, depuis le quinquennat de François Hollande. En Égypte, la moindre parole, le moindre commentaire posté sur les réseaux sociaux peuvent conduire en prison. Pour avoir fourni au régime du maréchal al-Sissi des outils lui permettant d’espionner sa propre population, Paris porte sa part de responsabilité. […]

Cette enquête s’inscrit dans le cadre des Egypt Papers, en partenariat avec Disclose, qui vise à documenter les compromissions françaises avec le régime du maréchal al-Sissi.
Pour en savoir plus : https://egypt-papers.disclose.ngo […]

Un logiciel développé initialement pour le renseignement militaire libyen

[…] Le système, baptisé Cerebro, doit permettre d’analyser le trafic Internet en stockant pendant un an les métadonnées. On peut savoir quelle adresse IP s’est connectée à quel site et quand. Dans ses brochures commerciales, Nexa vante ainsi « une surveillance en temps réel des suspects » et jure que ses sondes sont capables d’intercepter toutes les informations non chiffrées qui circulent sur le réseau. Le discours est rodé, car la société est une vieille connaissance.

En 2007, alors qu’elle s’appelait encore Amesys, elle a vendu le même système à la Libye de Kadhafi avec l’aide des réseaux sarkozistes. Nommé Eagle à l’époque, le logiciel a été développé à la demande du beau-frère de Kadhafi, Abdallah Senoussi, chef du renseignement militaire libyen, condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité en France pour son rôle dans l’attentat du DC-10 d’UTA qui a fait cent soixante-dix morts dont cinquante-quatre Français en 1989.

À la suite de révélations dans la presse et sous l’impulsion de la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh), une enquête est ouverte : poursuivie pour complicité de torture par le pôle crimes contre l’humanité du Tribunal judiciaire de Paris, Amesys change de nom et de mains en 2012.

Deux de ses cadres, Stéphane Salies et Olivier Bohbot, rachètent la propriété intellectuelle d’Eagle et montent deux nouvelles structures : Nexa, basée à Paris, et Advanced Middle East Systems (AMESys…), un comptoir commercial domicilié à Dubai. « Cette création a été faite dans la plus grande transparence avec les services français [la DGSE, ndlr], qui étaient parfaitement au courant et ont même utilisé cette structure », se défend aujourd’hui la direction de Nexa.

Blacklistée par les banques, l’entreprise s’éloigne pour avoir les mains libres. Ça tombe bien : les clients du Golfe privilégient la proximité.

L’attitude des autorités françaises dans ces ventes pose question : toutes ces technologies n’auraient jamais été commercialisées sans l’aval de l’exécutif. […]

Cerebro n’arrive pas tout seul sur les bords du Nil. Comme le précise aujourd’hui la direction de l’entreprise, « le logiciel a été couplé à un moteur de recherche fourni par une autre société permettant au client d’interconnecter plusieurs bases de données existantes ». C’est Exalead, une filiale du groupe Dassault, qui fournit ce « Google interne ». […]

Entre juin et octobre 2021, la société, trois de ses dirigeants et un cadre ont été mis en examen pour complicité de torture et de disparitions forcées. Assortie d’une interdiction de quitter le territoire et d’une caution de 1 million d’euros, la procédure a été nourrie d’écoutes et de perquisitions qui ont permis aux enquêteurs de compiler 40 téraoctets de scellés.

Gardés à vue pendant quarante-huit heures dans des commissariats parisiens, les patrons ont répété qu’ils avaient joué selon les règles, et s’en étaient remis à la sagacité de l’État. « Nous sommes des nerds, pas des experts en géopolitique », avance ainsi une huile de Nexa.

L’avocat de la société, François Zimeray, ancien ambassadeur… pour les droits de l’homme, joue la même partition, alors même que, en écho au scandale du cimentier Lafarge en Syrie, le débat enfle sur la responsabilité juridique des entreprises. Et si Nexa tient le mauvais rôle dans ce Bureau des légendes ripoliné, d’autres acteurs économiques hexagonaux figurent aussi au casting.

Fin 2014, le puzzle made in France n’est pas complet.

Les grandes oreilles égyptiennes veulent une technologie plus puissante encore, capable d’intercepter massivement le contenu des communications et de géolocaliser une cible à quelques dizaines de mètres près. « À partir d’un simple numéro de téléphone, l’idée était de retrouver une personne, toutes ses conversations, les pages web consultées, sa photo de profil Skype, son numéro de passeport, son lieu de résidence », résume un salarié de Nexa. À l’automne 2014, Stéphane Salies, son patron, joue les intermédiaires cocardiers et introduit une autre société française auprès d’Al Fahad : Ercom.

Celle-ci a pignon sur rue. Elle est notamment connue pour équiper l’Élysée et plusieurs ministères régaliens en téléphones sécurisés. Mais elle possède aussi une filiale secrète, Suneris, chargée d’exporter de puissants systèmes d’écoute vers des pays parfois autoritaires. […]

Contrairement à Cerebro, grevé par des difficultés techniques, Cortex serait, selon les confidences de plusieurs experts du secteur, toujours opérationnel, et couvrirait 30 % du territoire.


Olivier Tesquet – Télérama – Source (Court extrait)