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… un sénateur centriste (entre autre, ex-filloniste aujourd’hui macroniste, …) devient l’obligé du régime chinois par la « grace » de sa compagne …

C’est une lettre remplie d’amabilités, de remerciements et de révérences que le sénateur Union centriste du Tarn, Philippe Folliot, a envoyée, le 17 novembre, au ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi . Après quelques formules convenues, l’ex-filloniste devenu macroniste en arrive à l’essentiel : « J’en profite pour vous remercier personnellement de votre soutien aussi sympathique que continu accordé tant à moi qu’à ma conjointe, Mme Liu Jing. »

« J’apprécie énormément l’insistance et le soutien de la justice, de votre ministère et [de] vos collègues pour cette issue favorable », poursuit l’élu, qui fait référence à une affaire impliquant sa compagne.

Celle-ci, de nationalité chinoise, a connu de sérieux déboires avec des partenaires financiers et les tribunaux du Céleste empire, avant que s’ouvre (ô miracle !) la « voie d’un règlement satisfaisant » comme le confie Folliot au « Canard ». Le parlementaire ajoute que ce « règlement satisfaisant » a permis à Mme Liu de toucher des « sommes importantes », dont il assure ignorer le montant exact.

L’empressement de Pékin à sortir l’amie de Folliot du pétrin est d’autant plus touchant qu’il est totalement désintéressé : membre de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, Philippe Folliot y préside le groupe d’études et de contact France-République populaire démocratique de Corée (celle du Nord, quasi-vassale de la Chine). Il occupe également un fauteuil de vice-président au sein de la très stratégique assemblée parlementaire de l’Otan.

Tintin pour le Tibet

Avant de se faire élire en septembre dernier au Palais du Luxembourg, Folliot a longtemps siégé à l’Assemblée nationale. Ces dernières années, il s’y est spectaculairement converti aux bienfaits du régime du président Xi Jinping.

Le Tarnais, déjà spécialisé dans les dossiers militaires, occupait, au Palais-Bourbon, le poste de vice-président du groupe d’études sur le problème du Tibet. Longtemps, il s’y est illustré par ses prêches enflammés en faveur des Tibétains et des Chinois opprimés. Lors du discours prononcé, en janvier 2004, par le président Hu Jintao (prédécesseur de Xi) au Palais-Bourbon, Folliot se tenait debout dans l’hémicycle avec un bâillon blanc sur la bouche, en soutien au « valeureux peuple chinois privé de démocratie ». En 2013, le député réitérait ses protestations en recevant en grande pompe un envoyé spécial du dalaï-lama honni par Pékin.

Six ans plus tard, virage à 180 degrés ! En octobre 2019, Folliot est à la manoeuvre pour faire annuler la réception à l’Assemblée nationale du « Premier ministre du gouvernement tibétain en exil ».

Quelques jours avant cette rencontre, le parlementaire avait organisé un contre-sommet avec des Tibétains proches de l’ambassade de Chine en France. Puis il avait reçu, à l’Assemblée, une délégation de parlementaires chinois venus spécialement demander à leurs homologues français de boycotter l’envoyé du dalaï-lama (La Lettre A, 22/10/19).

« Il fallait entendre les deux parties… » se justifie aujourd’hui l’élu.

Depuis qu’il a retourné sa veste, Philippe Folliot enchaîne les voyages en Chine, où il est désormais accueilli à bras ouverts. Le 3 décembre, il devrait s’envoler avec sa compagne pour Shanghai en classe affaires d’Air France, tous frais payés dont environ 6.000 euros d’avion. Son bienfaiteur est le cabinet d’avocats pékinois DeHeng, réputé très proche du pouvoir. La lettre d’invitation transmise aux autorités locales indique que le sénateur séjournera durant quatre semaines à Shanghai, pour « discuter et promouvoir un projet de fondation scientifique sino-française ». On lui souhaite d’y passer de joyeuses fêtes de fin d’année…

Copie d’écran

Extrait du courrier rédigé par le sénateur Philippe Folliot et adressé, le 17 novembre, à « Son Excellence Monsieur Wang Yi », le ministre des Affaires étrangères chinois. Contacté à propos de cette lettre écrite à l’encre très sympathique, Folliot ne tente même pas de chinoiser : il a répondu au « Canard » par un lapidaire « je prends acte de ces éléments »…


LIU JING, la compagne de Philippe Folliot, a multiplié les exploits financiers et judiciaires de Shanghai à… Gaillac (Tarn). La dame a commencé à faire parler d’elle en 2008, en revendant à un fonds de pension américain l’entreprise de produits en caoutchouc qu’elle dirigeait. Peu après, cette patronne dynamique, condamnée pour fraude par un tribunal chinois, décidait de se mettre quelque temps au vert dans l’Hexagone.

Mariée d’abord à un Français originaire de Gaillac, Mme Liu a tenté d’y relancer son business.

•          Après avoir tâté de l’exportation de vins locaux pour une société chinoise, elle a lancé, en 2017, le Festival des lanternes dans sa ville d’adoption (« Le Canard », 4/10/17).

•          Elle a également placé une pincée d’oseille dans des sociétés immobilières dirigées par son mari et par le maire de Gaillac, l’UDI Patrice Gausserand.

•          Mauvaise pioche : les projets n’ont pas été menés à bien, et ont valu à ses deux associés des condamnations pour corruption passive, prise illégale d’intérêts et complicité.

•          En prime, Gausserand a été démis de ses fonctions municipales par la justice. Il a fait appel.

Comme le reconnaît son avocat, Liu Jing a également tenté de prendre la nationalité française. En 2016, elle s’est rendue à l’Elysée pour plaider sa cause, en compagnie du député socialiste du Tarn, Jacques Valax, auprès d’un conseiller de Hollande.

Quelques jours après, son dossier revenait à la Présidence avec le veto des services du ministère de l’Intérieur (France 3, 17/1)…

Depuis que Mme Liu s’est mise en ménage avec le sénateur Folliot, son horizon s’est singulièrement éclairci. Le régime de Pékin l’accueille désormais à bras ouverts, et ses tracas juridico-financiers ont été balayés par une justice chinoise réputée pour son indépendance.

Tout s’arrange !


Hervé Liffran. Le Canard Enchaîné. 02/12/2020