Dans le contexte de la réforme des retraites…

La Légion d’honneur décernée à Jean-François Cirelli, PDG de BlackRock, gestionnaire d’actifs, donne des arguments à l’opposition qui dénonce une réforme des retraites favorisant les fonds de capitalisation. […].

  • Qui est Jean-François Cirelli ?

Savoyard de naissance, c’est un pur produit de la méritocratie française. Issu de la classe moyenne, énarque, il a été conseiller économique de Jacques Chirac, directeur adjoint du cabinet de Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre. Ancien patron de CDF Suez et d’Engie, il préside la branche française de BlackRock et connaît parfaitement les arcanes du pouvoir et ceux qui l’exercent. C’est cette dernière partie du CV qui fait polémique…

  • Qu’est-ce que BlackRock ?

Ce n’est pas un fonds de pension, mais un gestionnaire d’actifs, en l’occurrence le plus important du monde (son portefeuille représente 7.000 milliards de dollars). […]

  • Quel intérêt supposé pour BlackRock ?

Dans le futur système, les hauts revenus ne cotiseraient plus au-delà de 10.000 € mensuels pour leur pension mais pour un fonds de solidarité. Les personnes ayant de très hauts revenus pourraient être tentées de capitaliser pour leurs retraites et donc souscrire aux produits financiers gérés par des sociétés comme BlackRock.

  • L’opposition dénonce « le côté obscur de la réforme »

« C’est une façon de pousser les cadres et leurs milliards de cotisations dans les bras de BlackRock et des fonds de pensions », écrivait dès le 15 décembre sur son blog, Jean-Luc Mélenchon (la France insoumise). Les pancartes hostiles aux « retraites Black-Rock » étaient nombreuses dans les manifestations. Mais depuis la Légion d’honneur attribué à Jean-François Cirelli, c’est toute l’opposition qui reprend en choeur l’argument. « C’est le choix d’un camp, celui des fonds de capitalisation », dénonce Olivier Faure, premier secrétaire du PS qui dénonce « le côté obscur de la réforme des retraites ». Fabien Roussel, patron du PCF, met en évidence « les liens étroits qui existent entre Macron et le monde de la finance ». Jean-François Cirellia tenté d’éteindre la polémique ce jeudi : « Je regrette d’être pris à partie dans une polémique totalement infondée, manifestement animée par des objectifs politiques »,

  • @Un mauvais timing

Le camp de la majorité se défend en disant que Jean-François Cirelli est un homme qui soutient les intérêts de la France. Le décorer en pleine crise sociale interroge… Matignon qui évoque « un anticapitalisme idiot » fait sans doute preuve de cynisme.

Nathalie Mauret. Le Dauphiné Libéré. 03/01/2019


Pour Diego Chauvet dans l’Humanité – Source 

La décoration qui fait tache

[…]. Après le scandale de l’affaire Delevoye, le pouvoir n’a, semble-t-il, pas tiré quelques leçons élémentaires de communication… Parmi la cohorte des décorés de la Légion d’honneur du 1er janvier figure un nom qui ne peut que provoquer des remous en plein mouvement de grève contre la réforme des retraites : Jean-François Cirelli. Avec cette décoration, au-delà de la faute politique au milieu d’une mobilisation sociale, c’est un nouvel indice qui vient se cumuler aux précédents sur la finalité véritable de la réforme des retraites : créer les conditions pour que les gestionnaires d’actifs puissent s’emparer du pactole des pensions françaises.

[…]. Pour rappel, l’Humanité avait publié, le 11 décembre, un document du fonds de pension dans lequel BlackRock dispensait une quinzaine de « recommandations » au gouvernement français pour inciter les citoyens à se constituer une épargne retraite en dehors du régime par répartition. Ce document, daté du mois de juin 2019, s’appuyait alors sur la loi Pacte, votée deux mois plus tôt, qui instaurait des mesures d’incitation fiscale pour les salariés désireux de confier leur retraite à des groupes comme BlackRock…

À la suite de ces révélations, le fonds de pension américain s’est donc trouvé accusé d’avoir influencé le projet de réforme des retraites élaboré par le gouvernement. La proximité de son PDG, Larry Fink, n’est pas un secret : il avait été l’un des premiers milliardaires à être reçu à l’Élysée en juin 2017. En outre, BlackRock n’est pas seul intéressé par la réforme des retraites. En pleine tourmente, Jean-Paul Delevoye avait été contraint de se justifier sur ses liens avec le monde des assurances avant de démissionner de son poste de haut-commissaire. La décoration de Jean-François Cirelli n’est donc qu’un avatar supplémentaire de ce scandale.


Pour L’Express – source

Le PDG de BlackRock, Larry Fink à l’Elysée, le 10 juillet 2019

New York – BlackRock, considéré comme le plus gros gestionnaire d’actifs indépendant au monde, a connu depuis sa création en 1988 une croissance exponentielle, qui s’est accélérée avec la crise financière de 2008.

Depuis la nomination mercredi du patron de sa branche française au rang d’officier de la Légion d’honneur, le groupe se trouve au coeur d’une polémique en France, les opposants à la réforme des retraites accusant BlackRock d’avoir voulu l’influencer à son avantage. 

– Qui est BlackRock ? – 

Ce monstre financier basé à New York est considéré comme le plus important gestionnaire d’actifs — actions ou obligations par exemple — au monde, et gère les investissements de ses clients, qui sont tant des particuliers que des institutions: syndicats, institutions publiques, fonds souverains, banques… 

BlackRock est également un acteur très important dans la gestion de l’argent de certains fonds de pension. 

A fin septembre, BlackRock avait en charge la gestion d’environ 7.000 milliards de dollars et comptait quelque 16.100 employés dans plus de 30 pays. 

Son succès est principalement dû aux produits qu’il commercialise, qui sont peu chers et faciles d’accès. 

– Comment le groupe a grossi – 

Créé par son actuel directeur général, Larry Fink, avec des collègues de l’ancienne banque d’investissement First Boston, BlackRock appartenait initialement au Blackstone Group. 

Blackstone a vendu sa part dans BlackRock à la banque PNC en 1996 pour 240 millions de dollars, après des différents entre Larry Fink et le PDG de Blackstone Stephen Schwarzman. Celui-ci a, depuis, estimé que cette vente était sa pire décision professionnelle. 

BlackRock est entré en Bourse en 1999, et avait terminé cette année-là avec 165 milliards de dollars de gestion d’actifs. 

Les acquisitions ont joué un rôle primordial dans sa croissance fulgurante, notamment la prise de contrôle de Merrill Lynch Investment Management en 2006 pour plus de 9 milliards de dollars, et celle de Barclays Global Investors pour 13,5 milliards de dollars en 2009, alors que le groupe britannique vacillait à cause de la crise financière. 

– Comment BlackRock gagne de l’argent – 

BlackRock facture à ses clients un pourcentage des actifs sous gestion et, dans certains cas, des commissions sur les performances, et fournit des services commerciaux et technologiques. 

La croissance du groupe est liée à sa capacité à attirer des clients grâce à des véhicules d’investissement innovants. 

En 2018, BlackRock a réalisé un bénéfice de 4,3 milliards de dollars et un chiffre d’affaires de 14,2 milliards de dollars. Environ deux tiers des actifs gérés par le groupe se trouvent sur le continent américain. 

– Larry Fink –

Larry Fink n’est certes pas aussi connu du grand public que d’autres PDG du monde bancaire, mais il est considéré comme l’une des principales personnalités du monde de la finance. 

Durant la crise financière de 2008, il aurait conseillé à la fois les PDG des plus grandes banques, mais aussi le secrétariat d’Etat américain au Trésor et la Banque centrale américaine (Fed). 

Vanity Fair l’avait décrit en 2010 comme « le principal acteur du renflouement de Wall Street par Washington« , surveillant les actifs toxiques dont le gouvernement avait alors pris le contrôle. 

Sa franchise a été remarquée, notamment lorsqu’en 2015 il avait reproché le « court-termisme » des investissements à Wall Street dans une lettre largement diffusée aux PDG, exhortant les entreprises à mettre l’accent sur la croissance à long terme et à ne pas céder à la pression des investisseurs. 

Plus récemment, BlackRock a plaidé pour une action plus forte sur les armes après des tueries de masse aux États-Unis, et a dévoilé des produits d’investissement négociés en 2018 qui excluent les fabricants et vendeurs d’armes à feu.