
Julien Bayou – Le patron des Verts cultive le style néo-bobo mais est aussi un apparatchik bon genre.
Un peu plus de dix ans qu’il attend son heure, Julien Bayou, mais beaucoup n’y ont vu que du feu. Il faut dire que le minot, qui va tout de même sur ses 40 balais, a la panoplie : tee-shirt usé, jean, tignasse folle. Et qu’il n’hésite jamais à sur-jouer son côté « cool et sympa », en formant des cœurs avec ses mains pendant ses discours. Lors du congrès des écolos de 2013, il défendait la motion « Love ». Interrogé un jour par un journaliste de « L’Obs », qui lui demande ce qu’il est en train de faire, il confie : « Là, je suis en plein « flash bulles ». Je fais des bulles de savon dans une manif écolo pour sensibiliser au problème de la qualité de l’air. On s’est dit que c’était plus sympa que de parler d’écotaxe. » Trop mignon. On l’a vu aussi dans les manifs pour Gaza, dans celle du 10 novembre dénonçant l’« islamophobie » et la loi « liberticide » contre le voile à l’école, aux côtés de Jérôme Kerviel, qu’il trouve « kiffant », dans les squats, à Génération précaire, Sauvons les riches, Nuit debout… Un sacré pro de l’indignation tout-terrain.
« C’est un gars qui a parfaitement compris l’air du temps. Pour faire de la politique aujourd’hui, il faut venir du monde associatif et n’avoir surtout pas l’air d’un politique. Plus on semble décalé, mieux c’est. Bayou réussit ainsi à faire oublier qu’il a fait le siège, dès 2009, des patrons des écolos pour devenir conseiller régional en 2010, puis qu’il a fait des pieds et des mains pour être nommé porte-parole du parti, en 2013, avant de manœuvrer, dûment épaulé par David Cormand, le patron sortant, pour être élu à la tête d’EELV », rigole un vieux de la vieille du parti où tout le monde s’aime. Bien joué, le voilà secrétaire national.
Bayou a donc déjà tout d’un vieux briscard. Sachant flatter sa base et mettre en scène les bons marqueurs de gauche, il a pris soin, chaque fois qu’il l’a pu, de détailler ses quartiers de noblesse : « Ma mère a porté des valises de billets pour le FLN, mon père faisait partie d’une fanfare, je suis donc à la fois radical et festif » Et peu importe que le peuple algérien, qui descend massivement dans la rue, trouve le régime FLN d’aujourd’hui assez moyennement « festif ».
Pour faire du buzz, Bayou saute avec agilité d’un combat à l’autre. Et hop ! A ceux qui lui reprochent cette recherche incessante de présence médiatique au détriment des résultats concrets, il sait toujours quoi répondre : « C’est pas notre faute, c’est parce que la classe politique s’en fout. » Ça va être une autre paire de manches maintenant qu’il est chef de parti et qu’une rumeur persistante le prétend candidat à la présidence de la région Ile-de-France en 2021.
Bayou aime beaucoup être le gars au centre de la photo. « En décembre 2018, lors d’une manif devant l’Assemblée nationale du mouvement écolo des Coquelicots, qui lutte contre l’usage des pesticides de synthèse, on voit débarquer Julien Bayou. Ce qui l’intéressait, on l’a vite remarqué, c’était d’être sur la photo ! Il a poussé tout le monde pour qu’on le voie bien, on était tous scotchés », s’amuse Franck Laval, fondateur de l’association Ecologie sans frontière (ESF).
Les caméras, c’est bien, mais Bayou va devoir se réconcilier avec le suffrage universel. Pour l’instant, le bilan n’est pas excellent. Aux côtés de la candidate Eva Joly lors de la présidentielle de 2012, il est l’inoubliable inventeur des lunettes rouges arborées par l’exmagistrate. Il a même théorisé ça, grâce à son talent rhétorique habituel : « un identifiant fédérateur qui contraste avec les Ray-Ban de Sarko ». Rudement bien vu, mais avec des verres grossissants, car la candidate écolo a rassemblé 2,3 % des voix. Proche de Cécile Duflot, il prépare activement sa campagne présidentielle de 2017. Mais Duflot est sèchement éliminée à la primaire écolo. Candidat aux législatives à Paris, il est battu par Benjamin Griveaux en juin 2017, puis par David Belliard, pourtant beaucoup moins connu, quand il souhaite être investi par les militants comme tête de liste EELV dans la course à la Mairie de Paris, il y a quelques mois.
Jadot et lui font mine de s’apprécier. Depuis peu. Candidat de l’ouverture des écolos de la gauche au centre droit, Jadot va devoir préparer sa campagne présidentielle avec un chef de parti écolo qui confie à Médiapart qu’aucun accord avec la droite n’est envisageable. « Bayou sera plus dans son dos qu’à ses côtés. Il fera tout pour que Jadot, qui n’a que 52 ans, ne devienne pas le patron », se marre un eurodéputé écolo.
A EELV, on affiche de grands desseins. Bayou sera le dernier secrétaire national d’EELV, qui devrait rapidement se fondre dans un ensemble « plus large et plus ouvert ».
Demander à Bayou de partager le pouvoir ? Cause toujours.
Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 11/12/2019
Les Verts ne se refont pas et pourtant la terre brûle , ces querelles intestines doivent cesser et ils doivent se placer résolument sur une ligne anticapitaliste moteur de toutes les pollutions