… président du CNC depuis le 24 Juillet 2019
L’article qui suit complète les « options » de travail et l’état d’esprit de l’article précédent, consacré peu ou prou à l’abandon du cinéma d’auteur. Dominique Boutonnat servile serviteur et de sa majesté Emmanuel 1er et des intérêts de financeurs-producteurs commerciaux pourvoyeurs de longs-métrages dit « divertissants ». Ce cinéma insipide au plus haut point et d’aucun intérêt culturel ou pédagogique. Une position qui permet d’exclure toute aide financière à des productions cinématographiques sociales. MC
Le producteur de cinéma Dominique Boutonnat a été nommé président du CNC (le Centre national du cinéma et de l’image animée) par décret présidentiel lors du Conseil des ministres. […]
Le problème, c’est que Dominique Boutonnat est l’auteur d’un rapport commandé par l’Élysée sur le financement du septième art, et qui remet en cause son modèle. Le producteur et soutien affiché d’Emmanuel Macron (il est même l’un de ses proches) a ainsi voulu démontrer que le nombre de films produits chaque année est trop important, alors que certains projets peinent à être rentables. En bref, si un film ne réussit pas à dépasser les 50 000 entrées, c’est que le public ne l’a pas jugé assez bon pour se déplacer.
Le taux de spectateurs deviendrait un outil populiste de mise en valeur des œuvres, qui ne prendrait bien évidemment jamais en compte la distribution souvent problématique des films d’auteur dans l’ensemble de la France.
Une nomination qui déclare la guerre au cinéma d’auteur
En plus de mettre en péril la réussite créative du cinéma hexagonal, ce rapport souhaite remettre en avant des investissements privés, qui engendreraient une libéralisation du système de financement ne profitant qu’aux poids lourds du box-office. Il faut d’ailleurs préciser que cette logique commerciale est soulignée par les termes employés dans le dossier. On n’y parle pas « d’œuvres », mais de « produits culturels ».
[…] La Société des Réalisateurs Français (SRF) a ainsi publié le 3 juillet une tribune signée par de nombreuses personnalités : Mathieu Amalric, Jacques Audiard, Nicole Garcia, Bertrand Tavernier, Emmanuelle Bercot, Arnaud Desplechin et bien d’autres [contre cette nomination, mais – comme d’habitude – passée sous silence dans les médias.] […]
L’Élysée semble se réjouir de cette situation exceptionnelle, puisqu’il s’agit de « la première fois qu’un professionnel du cinéma est choisi pour diriger le CNC ». En réalité, le fait que Dominique Boutonnat ait longuement travaillé dans l’industrie (il a été notamment producteur sur la comédie Eyjafjallajökull avec Dany Boon) est avant tout un leurre pour son absence évidente d’indépendance et sa politique jugée « nataliste ».
[…] Emmanuel Macron parvient ainsi, à travers son nouveau pantin, à imposer sa vision ultralibérale sur le monde de la culture, qui semble ne jamais cesser d’être attaqué par les derniers présidents de la V ème république.
Antoine Desrues. Les Inrocks. Titre original : «Malgré la crainte du monde du cinéma, Dominique Boutonnat est nommé à la présidence du CNC ». Source (extrait)