Formée à l’école Jospin, la remplaçante de Rugy, qui cumule les Transports et l’Écologie, est du genre austère

Jamais d’effets de style, pas un mot plus haut que l’autre, surtout pas une petite blague qui fasse rire, ne jamais susciter d’enthousiasme, c’est obscène, cultiver le gris souris et le style techno. Dans les supermarchés de son quartier, où elle fait régulièrement ses courses, on ne la reconnaît pas, et c’est exactement ce qu’elle souhaite.
Quand elle prend part à la passation des pouvoirs avec Rugy au ministère de la Transition écologique, elle ne se place pas face aux caméras. Elle dit ce qu’il faut dire, donne sans chaleur excessive du « chère Brune » (Poirson) et du « chère Emmanuelle » (Wargon) à ses secrétaires d’État, fait le job et s’arrête là. Voici Élisabeth Borne, piètre communicante et prototype revendiqué de la gauche crispée. […]
Droite et de gauche
Décrite par nombre de ceux qui la connaissent comme une parfaite représentante d’un groupe politique en voie de disparition, la « gauche technicienne tendance Jospin », Élisabeth Borne hérite donc d’une double casquette ministérielle : elle conserve les Transports et récupère l’Écologie, mais sans le titre de ministre d’État accordé à Hulot et à Rugy. « C’est le reflet de sa situation au gouvernement.
Borne est soutenue à l’Élysée, surtout par le secrétaire général Alexis Kohler, qui apprécie sa fiabilité, mais elle est flinguée à Matignon, où on la trouve trop à gauche, trop rigide. Benoît Ribadeau-Dumas, directeur de cabinet du Premier ministre, ne cache pas son exaspération vis-à-vis de son équipe », confie un député LRM.
Elle n’est pas une libérale, et elle ne s’en cache guère. « Borne et son cabinet de technos sont vent debout contre les mesures d’ouverture à la concurrence voulues par Bruxelles dans le secteur des transports, elle a donc sans arrêt le pied sur le frein. Et, nous, les parlementaires de la majorité, dès qu’on propose un amendement un peu novateur, on est sûrs de se faire retoquer », renchérit le même.
Ce côté droit dans ses bottes lui vaut quelques solides amitiés car on lui reconnaît généralement un certain sens de l’État. « Servir l’État et se conformer à ce que pensent les grands corps, dont elle est issue (X-Ponts), voilà ce qui la fait agir », rappelle un camarade de Polytechnique passé dans le privé. « Vous voulez savoir ce qui la fait kiffer ? Indexer, gérer, réguler », rigole un haut dirigeant de la RATP, qu’elle a présidée de 2015 jusqu’à sa nomination au gouvernement, en mai 2017.
Élisabeth Borne a le plus grand mal à pratiquer le compromis.
Sa loi Mobilités, qualifiée par un sénateur d’« énorme machin techno », a été retoquée en commission mixte paritaire par des parlementaires qu’elle n’avait pas su convaincre, et elle perd régulièrement ses arbitrages à Bercy, où l’on apprécie modérément sa raideur, jugée « stalinienne ». Ce qui ne l’empêche pas de remonter à l’assaut.
Ecolo tiède
Une femme qui a réussi à diriger le cabinet de Ségolène Royal à l’Écologie plus d’un an (2014-2015) a forcément des nerfs. « Il lui arrive de marquer des points sur des dossiers, en dépit de l’hostilité de Matignon et de Bercy, car on redoute ses coups de gueule et ses remarques désagréables. […]
Élisabeth Borne traîne depuis vingt ans une réputation de tyran qui n’a rien d’usurpé. « Les cadres les plus importants du ministère des Transports, qu’elle avait pressuré d’une façon inimaginable lors de la préparation de la loi Mobilités, sont tous partis, avant même le vote de la loi. Du jamais-vu ! Il faut dire qu’elle n’a pas eu un mot de remerciement pour eux et qu’elle a passé son temps à hurler », raconte un bon connaisseur du secteur.
Les écolos l’attendent de pied ferme, instruisant déjà son procès en tiédeur verte.
« Il ne faut pas exagérer, Borne a évolué sur l’écologie et se pose des questions, comme tout le monde ». « Elle peut faire largement aussi bien que Rugy », la défend un macroniste.
Anne-Sophie Mercier. Le Canard enchaîné. 31/07/2019
Probablement la plus compétente de ce ministère rempli de médiocres comme Darmanin ou Schiappa et de cyniques comme Philippe ou Le Maire. N’oublions pas que Jospin fut le moins mauvais premier ministre de ce quart de siècle
En attendant mieux la ministre de l’écologie s’est couchée devant la ministre des transports et les camions font le voyage Perpignan Rungis pour transporter fruit et primeurs à la place du train. Qui va arbitrer entre E.Borne et Borne.E ? Si elle avait été nommée ministre d’Etat il n’y aurait pas eu de problème…………
Bonjour Michel,
Austère, qu’importe, le principal est de faire comme il se doit son travail !
Au choix, ou elle gère à la perfection ces deux ministères ou elle s’emmêle les pinceaux, nous saurons bientôt !
Bon dimanche Michel 🙂