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J’ai beaucoup d’estime pour l’auteur de cet article que je connais bien pour l’avoir inviter comme témoin et auteur de livres lors conférences sur la Palestine et Israël. Michel, Auteur et journaliste Belge, est en général très bien documenté, peut-être a-t-il le tort d’être en avance sur la diffusion de la vérité, ce qui l’a amené souvent à être pris pour un diffuseur de contre info. MC

Les nombreuses informations relayées par les médias du monde entier sur « un massacre aux armes chimiques » en Syrie servant à justifier des bombardements US, on a toujours intérêt à se souvenir des précédents.

Réfléchir avec prudence !

En 2003, les « armes de destruction massive » avaient déjà servi de prétexte à George Bush pour plonger l’Irak en enfer. A l’époque, nous disions : c’est un médiamensonge, on ne nous a pas crus. Maintenant tout le monde le reconnaît mais pour les Irakiens, il est trop tard.

En 2013, on a déjà accusé Damas. Mais l’enquête officielle de l’ONU (pourtant fort infiltrée par les USA) a conclu à l’impossibilité de désigner le camp responsable. Par contre, le Massachusetts Institute of Technologies (USA) a attribué l’attaque aux rebelles. [reste a definir qui sont et pourquoi sont-ils rebelles et non envahisseurs étrangers ?]

Dans mes livres, j’ai exposé comment chaque guerre est précédée d’un grand médiamensonge (Vietnam, Panama, Irak, Yougoslavie, Palestine, Afghanistan, Libye, Syrie, Côte d’Ivoire). C’est une technique pour chauffer l’opinion, il convient de ne pas se laisser manipuler, mais de réfléchir

Qui a intérêt à cette provocation ?

N’étant pas sur place, je ne prétends pas savoir ce qui s’est passé. D’ailleurs, dans une telle affaire, PERSONNE ne peut l’affirmer avec certitude. Il faudrait une enquête, impartiale, qui prendrait un certain temps. Je remarque que dans le magazine français Challenges, hier, les experts militaires français mettent en doute la responsabilité de l’armée syrienne.

La première question à se poser est : qui a intérêt à cela ?

Quelle est la situation actuelle en Syrie ? Les organisations terroristes perdent de plus en plus de terrain. Al-Nosra avait occupé plusieurs dizaines de localités autour de Hama, mais la contre-offensive de l’armée syrienne avait libéré 85% des territoires perdus et avançait vers les bases d’Al-Nosra. Au moment où la situation des armes lui est favorable, Damas commettrait la stupidité d’employer cette arme, inutile, et de provoquer l’opinion internationale ?

Quoi qu’on pense du gouvernement à Damas, on doit quand même toujours se demander quel est, en ce moment, l’intérêt des uns et des autres ? N’est-ce pas l’opposition, en difficulté, qui verrait son seul salut dans une intervention internationale ?

Les Etats-Unis venaient de décider que c’était aux Syriens de décider si Assad devait rester ou non. La négociation bloquée depuis 2011 s’engageait enfin. Quelles forces avaient intérêt à saboter cette négociation ? Quoi qu’en disent nos médias, le président syrien a toujours le soutien d’une large partie de sa population.
Il faut remarquer que la base syrienne bombardée servait surtout à cibler Daesh autour de Palmyre. Que s’est-il passé après le bombardement US ? Daesh est passée à l’attaque contre l’armée syrienne.

Vérifier la vraisemblance !

Donc l’armée US bombarde la base syrienne d’al-Chaayrate d’où seraient parties les armes chimiques ? Attendez, vous protestez contre l’emploi d’armes chimiques, mais vous bombardez un entrepôt d’armes chimiques au risque de provoquer une grande pollution ? Est-ce bien logique ?

L’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques (OIAC), qui a supervisé la destruction des stocks d’armes déclarées par Damas en septembre 2013, a déclaré en janvier 2016 que ce stock a été détruit en totalité (La Dépêche.fr, 5 janvier 2016). Seymour Hersh, célèbre journaliste US (Prix Pulitzer) avait démontré que les rebelles avaient été approvisionnés en armes chimiques.

Pour se faire une idée, on doit aussi toujours écouter « les méchants ». Damas avait informé l’ONU qu’un convoi de douze camions venus de Turquie avait acheminé des substances toxiques vers Idlib, mais l’ONU n’a pas enquêté. Est-ce cela qui aurait été bombardé par l’armée syrienne ? Ne faudrait-il pas une enquête avant de faire quoi que ce soit ?

Les faits surviennent au moment où la coalition US-Europe est accusée d’avoir tué plus de sept cent civils à Mossoul (Irak) et Raqa (Syrie). Deux poids, deux mesures ? Diversion ? Le 17 mars, les Syriens ont abattu un avion israélien qui violait l’espace aérien et soutenait les terroristes autour de Palmyre. Quel média a enquêté sur cette affaire ?

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Comment comprendre ces événements ? En 2013, Trump s’était opposé à un bombardement. Répétant dans sa campagne que Washington ne devait pas s’engager dans les conflits du Moyen-Orient. Promesses électorales, direz-vous, tous les présidents US avaient fait de telles promesses, George W. Bush y compris !

Cependant, 57% des citoyens aux Etats-Unis ont déclaré que ceux-ci devaient moins s’occuper des affaires des autres pays et davantage de leurs propres problèmes. Trump a senti qu’il fallait dire cela pour être élu.

Mais à présent l’establishment US déclenche une pression énorme pour qu’il rentre dans le rang et rejoigne les va-t-en-guerre. Les marchands d’armes se réjouissent et pressent les pays européens de doubler leurs dépenses militaires au détriment des budgets sociaux. La guerre, ça rapporte !

Ceci mènerait à un grand conflit avec la Russie et la Chine. Nous vivons dans un monde de plus en plus dangereux. Il est urgent de recréer un mouvement anti-guerre international. En commençant par surveiller l’info.

Comme nous l’écrivions en 2008, à l’arrivée d’Obama, la politique des USA n’est pas décidée par un seul homme et le président est au fond un employé. Des forces supérieures décident : les multinationales dominantes. Inquiètes de voir le déclin des Etats-Unis, elles cherchent la parade. Les stratèges US sont divisés, la campagne l’a montré.

De plus en plus dangereux, le monde devient aussi plus complexe. Il convient donc d’analyser de façon réfléchie ce qui se passe aux Etats-Unis et où va le monde


Michel Collon – Source Investig’Action