Régionales : l’examen de conscience est pour plus tard

A gauche comme à droite, l’heure des bilans viendra au lendemain du second tour des élections régionales. Au risque de paraître aveugles et sourds, le premier ministre et le président des Républicains ont sèchement fermé la porte à tout examen de conscience immédiat et ont campé sur leur posture de  » meilleur rempart «  face au Front national.

Peu leur importe que les électeurs leur aient donné tort le 6 décembre. L’essentiel est de serrer les dents, de colmater autant qu’il est possible les brèches creusées par l’extrême droite et de bétonner les bastions régionaux qui peuvent l’être. La froide logique des comptes électoraux s’est donc imposée. Au-delà de la rhétorique, c’est elle qui a dicté les choix tactiques pour le second tour.

La droite n’en avait pas d’autre. Confirmé au lendemain du premier tour par le bureau politique des Républicains – à l’unanimité moins deux voix, celles de Nathalie Kosciusko-Morizet et de Jean-Pierre Raffarin –, ce choix est tranché :  » Ni fusion ni retrait.  » Toute fusion entre listes de droite et de gauche pour faire barrage au FN aurait tourné à la confusion et produit l’effet inverse. Comment faire croire aux électeurs que les meilleurs adversaires d’hier pourraient devenir les meilleurs amis de demain ?

C’eût été, à coup sûr, alimenter le réquisitoire permanent du Front national contre  » l’UMPS « , cette prétendue collusion entre partis de gouvernement. Quant au retrait des listes arrivées en troisième position au soir du premier tour, l’hypothèse ne concerne qu’une seule région, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, où le candidat des Républicains, Dominique Reynié, a été devancé par le FN et les socialistes. Or, s’il s’agit d’empêcher l’extrême droite de conquérir une région supplémentaire, le choix de M. Reynié est pertinent : dans cette région, et en particulier dans sa partie Languedoc-Roussillon, son retrait aurait laissé ses 19 % de voix en déshérence, au risque – sérieux – qu’une partie d’entre elles rallient le FN, plutôt que la gauche.

L’attitude des socialistes découle également des rapports de forces du premier tour : retrait quand c’est perdu, maintien quand c’est gagnable. Dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, les socialistes ont été distancés de 20 à 24 points par le Front national et de 7 à 10 points par la droite. Même avec l’apport théorique du reste de la gauche, ils n’avaient aucun espoir de gagner et toute chance, au contraire, de renforcer la position du FN et d’être accusés d’avoir facilité sa victoire. La décision de se retirer et de soutenir la droite pour tenter de barrer la route à l’extrême droite est donc cohérente.

La dissidence du chef de file socialiste dans le Grand Est, Jean-Pierre Masseret, qui a choisi de se maintenir, en fera, hélas, la démonstration par l’absurde. Partout ailleurs, le maintien s’imposait. Hormis la Bretagne et le Grand Sud-Ouest, où ils ont viré en tête, les socialistes n’ont été que de peu distancés par le FN et la droite.

Le regroupement avec les autres composantes de la gauche (général, sauf en Bretagne) leur donne de réels espoirs de gagner au second tour dans des triangulaires très incertaines. On peut soupçonner gauche ou droite de bien des arrière-pensées, et elles ne sont pas absentes. Mais les deux camps ont surtout fait ce qui s’impose dans une élection : chercher le dispositif le plus efficace pour l’emporter.

Editorial – Le Monde Source

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