Il est planqué, épistolaire, léger, plus sulfureux. On peut y jouer des rôles. On s’y lâche.
Paul, maître d’hôtel, s’est fait surprendre par un client avec sa collègue de la réception. Une autre fois, « une habituée mariée m’a fait la meilleure pipe de l’univers dans le frigo à viande », raconte-t-il. « Moi j’ai eu droit au plan Milf, raconte Patrick, alors salarié d’un vidéo-club. Elle venait louer des Audiard avec son mec. Un jour, elle est venue seule et me dit en rougissant : ‘Je vais me louer un autre film’, je l’ai suivie dans le rayon porno. »
Quand Raphaëlle croise Sophie dans le couloir de son mag, tout va très vite : un café, une pelle derrière une porte. « Cette histoire a duré quatre mois mais n’a jamais débordé dans la vraie vie : c’est le plan cul du bureau. »
Auparavant, Raphaëlle avait couché avec le directeur d’une galerie dont elle était stagiaire. « Une très mauvaise idée : tu deviens la stagiaire qui s’est fait prendre dans le bureau, il ne te prend plus au sérieux. » Elle en garde une règle : « Il faut coucher à poste égal. »
Encore faut-il y arriver. Les nouvelles méthodes de management ont fait du bureau un lieu panoptique où le salarié peut être surveillé quasiment en permanence : open space, cloison de verre, caméra de sécurité. Reste les issues de secours, les ascenseurs, les salles de réunion closes, le sous-sol. A ses risques et périls.
« Elle m’envoyait des photocopies de son cul par fax, raconte Raphaëlle. Un jour, tu t’aperçois qu’il y a une mémoire et que tout est stocké. On se voyait dans l’ascenseur. Trop malin ? On a appris qu’il y avait une caméra, les gens de la sécurité nous voyaient depuis des semaines. » Il existe des alternatives : rester tard au travail permet d’allier plaisir sexuel et apparence de l’acharnement.
Autre option : les toilettes. Selon l’essayiste américaine Arianne Cohen, auteur de The Sex Diaries Project, 25% des professionnels s’y masturbent au moins une fois par semaine. De plus, 50% regardent du porno au travail. Contrairement aux clichés, ce n’est pas le PDG qui a la vie sexuelle la plus trépidante – trop stressé, trop busy – mais ses collaborateurs et employés.
Le sexe au travail est souvent virtuel. Lors de son premier stage en mairie, Simon, 24 ans, passait trois à quatre heures par jour à chatter avec une collègue. « On a eu une aventure érotique incroyable, très frustrante, ça me mettait dans un état de ouf » Deux ans sans coucherie.
Parfois, la vraie vie est plus subversive que le porno. A ses débuts de flic, Philippe avait pour capitaine Serge, un type corpulent. « Il avait sucé la moitié du commissariat, se tapait des gardés à vue, était capable de me parler quinze minutes du goût d’un sperme. » Philippe gardera toujours l’image de Serge, en robe et talons aiguilles, en train de sucer deux collègues en boîte de nuit. Serge finira par y laisser sa qualification de capitaine.
A l’inverse, le porno mainstream introduit dans le sexe performance, rendement, productivité, optimisation des résultats, instrumentalisation. Jean-François Rauger, directeur de la programmation de la Cinémathèque, le résume : « Les bons pornos, les plus convaincants, sont ceux qui font oublier l’idée que c’est du travail humain. »
Anne Laffeter – Extraits – Inrocks N°973