Sur ce temple adorable, et nu plus que la nudité, où la houle du ventre répond aux nœuds du corps, je sacrifie aux dieux terrestres de l’amour : le sein dressé comme navire de haute guerre, et pavoisé de tant de lèvres qui le pressent ; puis la course des doigts parmi les ombres sous le ventre, qui s’entre-battent et mordent dans le rose de la chair, au porche exact et chaud des écarlates voluptés où s’enlacent varechs et branches du délectable abri !…
Aux chocs des dents, aux jeux des bouches qui se prennent et se déprennent dans l’architecture de deux corps noués et dénoués, perdus entre les eaux, les draps, les cris, la langue folle cueille le sel à tous les rochers de la peau (et j’affouille sous la jupe qui se fend la nocturne splendeur du ventre), puis revient en la moiteur devineresse, et glisse et court par le sentier de nos plaisirs, puis quitte, pour le bonheur des yeux, et l’audace du sexe, l’arche somptueuse de deux fesses qui se rendent…
Et c’est, dans les sous-bois humides de ce viol, l’étreinte majuscule des membres chauds. Puis viennent les lourds chevaux qui piétinent les reins, et les oiseaux sacrés aux mille doigts aigus nous emparent aux cheveux ; les aigles à grands cris pillent la chair offerte, et les eaux s’en viennent de l’autre bord du monde, et roulent (en la mer qui abolit la chambre) tout le gémir du monde et le feu de la terre. Je cueille en toi ce qu’il y avait avant la mer, et je m’éloigne dans mon rêve, tes jambes à mon cou nouées…
Seins comme des lances dans les combats guerriers !
Seins qui ne mentent dans le grand fond de nos baisers !
Seins qui s’en vont par les sentiers de la nuit, qui ne se perdent, qui quémandent les yeux baissés, la langue à franc-parler, les doigts agiles, et (légère) la dent qui mord un baiser blanc !…
Seins qui se dressent sous la paume, comme chevaux montés à cru !
Seins, pommes fleuries dans le verger des femmes nues !
Seins, eaux vives pour le corps lorsque le corps s’acharne en la braise d’amour !
Seins, deux bûchers égaux en le feu du désir ! Seins, vrais seins, qui font silence en la bouche qui parle…
Tu t’offres en le miroir qui te voit dévêtue.
Tu es nue, dans la chambre à lentes voiles déployée, soudaine caravelle à mes bras et qui se tendent, — et mon ventre aussi dur que rocher pour la proue de ton ventre.
Tu es nue au miroir, et caresses tes seins.
Ton beau corps me revient par le miroir complice. À l’ombre de tes reins, aux lumières de ta cuisse, à ton sein qui frémit, à tes mains qui quémandent, je reconnais Éros en vêtements de fête.
Et soudain des deux fesses jaillies du dernier vêtement, tu délies ma puissance et guides mon plaisir !
Immobile tu vas par la route royale. Mes baisers t’accompagnent, et ma langue ne te laisse en repos. Je n’abandonne rien de la proie que tues, ni le parfum d’aisselles lorsque ton bras se tourne, ni la ronce des seins qui griffe ma poitrine, ni la chaleur des cuisses lorsqu’elles s’offrent et se détendent, se nouant à mes reins puis séduisant ma bouche, ni l’oiseau bleu du sexe dont battent les deux ailes au bel abri des fesses, ni l’humide souci en le ventre qui geint. Je suis le chasseur de tes forêts, mon fertile gibier !
Ô grandes caravelles de la nuit, nuages, venez enfin en la mortelle plaine, et tendez sur le corps éperdu les lourds halliers de l’ombre !
Fesses que je chante dans mon langage d’imagier, fesses qui vous cambrez et conviez tout le corps, Fesses, envers de coupe où l’on ne boit que feu, Fesses, brasiers d’amour offerts au soc du sexe dans la nuit qui a couleur de chair, Fesses qui ne parlez que volupté dans le débat des corps, Ivoirines démones qui allez immobiles au long des voluptés, à vous, je fais invite à la face des cieux !
Hubert Juin