… il est vrai que mes lectures sont en général plus « ciblées » sur la poésie ou des nouvelles, voire des textes analyses ou revelateur sociales. Toujours est-il que je me suis laissé entraîner par les critiques, interviews, animateurs télé et sélections dans des revues, à me procurer le dernier Goncourt, ce que, en général, je ne fais jamais.
« La maison vide » – Laurent Mauvignier,
un pavé de 744 pages.
En fait, tout est dit dans le titre : une maison vide où chaque recoin rappelle des souvenirs à l’auteur. Le style est agréable et permet l’évasion, réveillant souvent des souvenirs personnels a tous lecteurs.
Alors, pourquoi un ressenti critique ? Peut-être à cause de ces longues phrases pesantes qui traînent et ralentissent le récit comme un poids mort. Ce choix stylistique entrave la fluidité de la lecture, surtout dans ces passages où l’auteur semble obsédé par des détails de détails, qui, malgré leur pertinence, alourdissent indéniablement le texte. Prenons par exemple les quelques lignes ci-dessous, situées au début de l’ouvrage, où une description interminable de l’environnement arrête net le tempo. C’est un style de narration qui n’a de cesse de s’étendre tout au long du livre, avec ses digressions à n’en plus finir, et à titre personnel, ce fut finalement un soulagement de tourner la dernière page, même si j’ai eu, comme tout lecteur, l’occasion de plonger dans un univers, malgré des moments d’ennui insupportable.
L’exemple, mais prenez votre souffle ce n’est qu’une phrase :
« Si l’on tombe sur des photos ici, c’est par hasard qu’elles y sont arrivées, car les albums de famille sont rangés au rez-de-chaussée, dans la salle à manger, ou, pour être plus précis dans le buffet, ou, plus précis encore, dans le tiroir du bas à gauche, et même dans le tiroir à l’intérieur du tiroir de gauche, et puis au fond de ce dernier tiroir, là, donc, ou depuis plusieurs générations dort le gros des troupes de la mémoire familiale, les photos, la vraie mémoire des visages et des noms — on trouve dans le buffet de la salle à manger les visages de mes sœurs et frères, le mien, ceux des cousins et des cousines, de nos parents et les leurs — presque tous les leurs — oncles, tantes, etc., de ces photos qui remontent de si loin que plus personne ne sait nommer ceux qui y posent, faisant front à l’oubli, des gens qui nous regardent de leur parcelle de temps comme s’ils défiaient leur mortalité ou nous provoquaient d’où ils étaient il y a un siècle ou même davantage, mon arrière-grand-mère Marie-Ernestine et son mari Jules — le héros de la famille — que j’ai l’impression de connaître même si je ne les ai bien sûr — jamais rencontrés ni l’un ni l’autre, mais que je crois reconnaître sur cette image précieuse parce qu’elle les réunit, eux deux mais pas seulement : entre eux, dans les bras de Marie-Ernestine, le dos serre contre sa poitrine, un bébé, sa fille unique : sans doute la seule photographie de Marguerite, ma grand-mère ».

L’avis de Pat LeR.
Le Goncourt est un concours.
Peut-être les autres étaient-ils moins bons…